Eric Clapton, Rod Stewart et David Bowie. On l’a oublié mais ces trois icônes du rock britannique ont apporté, dans les années 70, leur soutien à Enoch Powell, homme politique ultra-conservateur qui dénonça notamment, dans ses discours "Fleuves de sang" en 1968, une Grande-Bretagne menacée par des vagues d’immigration successives. C’est une petite phrase de Clapton à un concert à Birmingham en 1976 qui poussera Red Saunders, artiste et militant de gauche, à lancer l’association Rock Against Racism (RAR).

Son but ? Se servir de la musique dans un combat culturel contre la montée du racisme et de l’extrême droite en Angleterre, sur fond de percée du National Front et d’explosion de la scène punk. Si le punk s’adressait d’abord aux gamins de la classe ouvrière blanche, minée par la pauvreté et le chômage, le RAR était bien décidé à unifier la colère sociale des jeunes blancs, noirs ou indo-pakistanais… C’est d’ailleurs le sens de White Riot, le premier single des Clash, paru en 1977 et qui donne son titre à ce passionnant documentaire signé Rubika Shah. C’est en effet en voyant des images des Clash jouant au Victoria Park, dans un concert organisé par le RAR et la Ligue Anti-Nazie à l’issue du Carnaval de Notting Hill, le 30 avril 1978, que la cinéaste d’origine saoudienne a eu envie de revenir sur l’histoire du RAR, ce mouvement contestataire né dans une petite imprimerie de l’Est de Londres.


Un combat culturel

Face à la caméra de Rubika Shah, les anciens du RAR, Red Saunders en tête, racontent leur lutte, avec une conviction intacte. Si leur combat était évidemment politique, c’est par la culture, par la musique, qu’il passa. Et d’abord à travers l’organisation de concerts qui réunissaient volontairement des groupes punk blancs et des groupes de ska, de reggae ou de rock indo-pakistanais, pour forcer les jeunes de toutes origines à se rencontrer, à se mélanger et à ne plus avoir peur les uns des autres. Même si, lors de certains concerts, notamment ceux de Sham 69, la tension pouvait monter, quand les skinheads débarquaient pour mettre l’ambiance.

Le combat du RAR passait également par l’édition d’un fanzine culte : TempoRARy Hoarding, qui parlait de musique, mais aussi des combats politiques de l’époque, notamment des luttes féministes ou contre l’homophobie. Un magazine qui a marqué les esprits, non seulement par son contenu, mais aussi par son graphisme détonnant, qui a contribué à définir l’esthétique punk. Un graphisme dont s’inspire avec talent Rubika Shah pour nous replonger dans l’agitation politico-musicale du Londres de la fin des années 70. Et pour mettre en garde les jeunes générations contre la montée de l’extrême droite en Grande-Bretagne au lendemain du Brexit, mais aussi partout en Europe et dans le monde…

White Riot Documentaire musical De Rubika Shah Scénario Ed Gibbs&Rubika Shah Avec Red Saunders, Roder Huddle, Kate Webb, Syd Shelton… Durée 1h20.

"White Riot" est disponible en Premium VOD (7,99€) sur Sooner, Proximus Pickx et Ciné chez vous.

© D.R.