"Le Chant des hommes" raconte une grève de la faim de sans-papiers étrangers. Les réalisateurs ont fait appel à des artistes, eux-mêmes migrants. Plusieurs d'entre eux nous ont livré leur histoire, qui rejoint parfois celle de leurs personnages.

Maryam Zaree aurait pu ouvrir les yeux sur le monde dans des circonstances plus heureuses. La comédienne allemande est née à la prison d’Evin, à Téhéran, où ses parents, opposants au régime de l’ayatollah Khomeiny, avaient été emprisonnés. Alors quand Esma, son personnage dans "Le Chant des hommes", lance à la représentante de l’autorité belge, qui lui refuse ses papiers, "je viens d’un pays où même les femmes enceintes sont torturées en prison", ses propos prennent une autre dimension.

La prison, Maryam Zaree ne s’en souvient guère. "Ma vie a commencé durement, mais elle est ensuite plutôt conventionnelle." Elle a grandi à Francfort, toujours voulu être comédienne, l’est devenue pendant ses études à Berlin - elle a joué dans la série "Tatort".

La plupart des acteurs et figurants du film de Bénédicte Liénard et Mary Jiménez ont été migrants ou réfugiés. Il y a Saida Manai, Gernas Shekhmous, Duraid Abbas Ghaieb, Dorcy Rugamba ou Marina Istchenko. Leur histoire à eux, la vraie, donne un supplément d’âme au "Chant des hommes".

Maryam Zaree, qui tient le rôle féminin principal, n’a pas connu la vie de sans-papiers du personnage qu’elle interprète : elle avait deux ans quand ses parents ont obtenu le statut de réfugié en Allemagne. A Francfort, papa et maman la préservent, mettent du temps à lui livrer leur histoire. "Il y a des choses dont il est difficile de parler. La langue n’arrive pas toujours à trouver les mots pour décrire les cicatrices que le traumatisme a laissées." La jeune femme a beaucoup de questions mais peu de réponses. "Aujourd’hui, cela a changé, on en parle plus" et, "connaissant l’histoire de ma mère, de mon père, je sais ce que signifie ne pas faire partie de la majorité de la société". Elle se sent "une responsabilité d’engagement", se bat"contre l’injustice, n’importe laquelle", c’est plus fort qu’elle.

"Des visages sur des gens"

Allemande d’origine iranienne, l’actrice de 32 ans refuse de se faire enfermer dans des rôles d’immigrée. "Quand on me demande d’où je viens, je réponds : de ma mère !" Mais, "quand j’ai lu le scénario (du "Chant des hommes"), j’ai tout de suite été d’accord pour y participer. Je voulais vraiment que cette histoire soit racontée. On a une façon de considérer les immigrés, réfugiés, sans-papiers comme quelque chose d’abstrait, de flou. Avec ce film, on peut montrer l’humanité de chacun et mettre des visages sur ces gens-là." Il "ne changera pas les mentalités - ce n’est pas si facile -, mais il peut aider à se poser des questions".