Cinéma Après le destin d’Amy Winehouse, Asif Kapadia s’est penché sur celui de Maradona, légende maudite du football.

"Le football, c’est l’art de la feinte, du contre-pied", déclare en voix off Maradona, dans ce documentaire, entièrement constitué d’images d’archives, que lui consacre Asif Kapadia. Le contre-pied, c’est ce qui résume la carrière d’un joueur d’exception. Qui a par exemple renoncé au mythique FC Barcelone pour rejoindre, le 5 juillet 1984, le club de Naples, pourtant promu à la relégation, mais qui correspondait mieux à la personnalité de ce jeune joueur issu de Villa Fiorito, bidonville de Buenos Aires. Lors de ses premiers matchs contre les grandes équipes de l’Italie du Nord, comme la Juve ou Milan, Maradona découvre ainsi les chants racistes, les banderoles insultantes pour ces "chiens galeux" du Sud, qu’on invite à "se laver". Un climat d’adversité qui convient bien au jeune Argentin, qui va faire de Naples sa nouvelle patrie. Pour le meilleur et pour le pire.

Ascension et chute d’un demi-dieu

C’est sur la période napolitaine de Maradona (la plus riche de sa carrière, avec deux titres de champions d’Italie, une Coupe d’Europe et une Coupe du monde), entre 1984 et 1991, que se concentre Asif Kapadia. Comme dans Amy, son documentaire consacré à la chanteuse anglaise Amy Winehouse, ou dans Senna (sur le champion de Formule 1 brésilien), le réalisateur britannique choisit de retracer un destin brisé. Et si Diego Maradona n’est pas mort, c’est presque encore pire. Car lui n’est pas parti au sommet de sa gloire, il a vécu sa longue agonie, sa lente descente aux enfers.

Au lendemain de la victoire de l’Argentine contre l’Italie au stade San Paolo de Naples, en demi-finales de la Coupe du monde 1990, un journal italien titre : "Lucifer habite à Naples !" Lâché par la presse, par les tifosis et par ses puissants protecteurs de la Camorra (qui le tenaient en otage grâce à son addiction à la cocaïne), l’idole se fracasse dans les ennuis judiciaires… Et ne sera plus jamais que l’ombre de lui-même. À Naples, il fut pourtant l’égal du Christ. Dans la ville, on trouve encore, ici ou là, des vestiges de cette dévotion religieuse, sous la forme de petits autels à l’effigie de Maradona…


Une vraie science du montage

Si les enjeux semblent moins forts que pour Amy, c’est bien une tragédie que met en scène Diego Maradona, en accentuant la dramaturgie grâce à une vraie science du montage de Kapadia, qui puise dans 500 heures d’archives inédites les moments les plus cruciaux. Réussissant même à créer le suspense autour de matchs dont on connaît pourtant l’issue, comme cette fameuse "main de Dieu" contre l’Angleterre en quarts du Mondial 1986, sur fond de souvenir de la guerre des Malouines. C’est à ce moment exact que naît le mythe Maradona, que l’on déteste pour avoir triché, mais que l’on admire pour son génie (le but suivant, marqué en effaçant ses adversaires par une série de dribbles hors du commun).

Une dichotomie à laquelle répond une faille plus personnelle, qui sert de fil rouge à Asif Kapadia et que lui apporte sur un plateau Fernando Signorini, l’ancien coach personnel de la star, qui fait la différence entre Diego, le garçon timide de Villa Fiorito, et Maradona, le personnage qu’il s’est construit pour survivre dans l’univers du football et des médias. Un personnage qui, toute sa vie durant, aura été son talon d’Achille…


Diego Maradona Documentaire biographique De Asif Kapadia Scénario Asif Kapadia Musique Antonio Pinto Montage Chris King Avec Maradona… Durée 2h10