Cinéma

Six ans après leur rencontre, Vanellope et Ralph vivent en parfaite harmonie avec tous leurs amis dans les jeux de la salle d’arcade Litvak. Mais Vanellope s’ennuie un peu sur les trois uniques circuits de course de son jeu Sugar Rush. En voulant créer un nouveau parcours pour son amie, Ralph provoque involontairement la destruction du volant du jeu.

Le fabricant ayant fait faillite, le dernier modèle disponible est vendu aux enchères sur eBay. Par chance, la salle d’arcade vient d’être reliée au wi-fi. Vanellope et Ralph décident de plonger dans les méandres du Web afin d’éviter la mise au rebut de Sugar Rush. Mais comment gagner de l’argent et payer un objet quand on est un personnage virtuel ?

En 2012, Les Mondes de Ralph jouait sur la nostalgie des jeux vidéos des années 1980, plongeant le spectateur à l’intérieur des jeux d’arcades et dans les vies des personnages qui les animent. Cette suite passe à la vitesse supérieure, précipitant les héros dans la fourmilière du Web mondialisé.

Au scénario, Pamela Ribon et Phil Johnston s’en donnent à cœur joie. A la réalisation, le second et Rich Moore livrent un excellent film d’animation, très riche et inventif visuellement.

Quand Ralph et Vanellope atterrissent dans la ville-monde du Web, on craint un instant le placement de produit, avec catalogue des enseignes des géants du web (et des nombreuses propriétés de Disney). Il y a un peu de ça, mais l’histoire prime avant tout.

Mille idées s’enchaînent, prétextes à autant de gags ou péripéties. Ralph et Vanellope découvrent le fonctionnement des enchères virtuelles à l’intérieur du Web - mais se méprennent sur la règle du "jeu". Ils rencontrent un diffuseur de pop-up, ces pubs qui parasitent nos écrans, prénommé ironiquement Spamley. Ils atterrissent dans Slaugher Race, jeu en ligne façon Grand Theft Auto, où Vanellope va mettre toute sa science du pilotage dans une course-poursuite avec la terrible Shank. Ralph va apprendre comment devenir une star des vidéos virales avec l’aide de Yesss, la reine des algorithmes (qui partage la garde-robe de Janelle Monáe…).

Avec humour, et mine de rien, le scénario assène pas mal de vérités sur les réalités du virtuel - il faut beaucoup de like pour générer un dollar (mon directeur confirmera) et mieux vaut "ne jamais lire les commentaires !" (mes collègues approuveront).

Il y a aussi une bonne dose d’autodérision lorsque Vanellope se balade dans les arcanes de Disney.com. Les caméos de personnages célèbres s’y multiplient (jusqu’à feu Stan Lee, hommage inattendu suite à sa disparition récente). Quand la petite anti-héroïne échoue dans la "chambre des princesses" où, de Blanche-Neige à Moana, toutes les héroïnes disneyennes sont réunies, occasion de trois scènes brillantes. Lorsque Vanellope affirme qu’elle est aussi une princesse, la liste des critères énumérée par la confrérie pour le vérifier est une autocritique hilarante des clichés disneyens. La classique chanson où la princesse exprime son désir inassouvi est détournée avec superbe. Vanellope comprendra qu’elle va accomplir sa destinée et recevra l’aide de ses nouvelles amies - dont les attributs deviennent d’inattendus pouvoirs de super-héroïnes…

Comme dans le premier opus, le film joue sur plusieurs niveaux : un récit d’aventure au premier degré très bien construit, mais porteur de multiples lectures et gags référentiels au second degré (les dérives et les bienfaits du Net ou des réseaux sociaux, la culture de masse, les mondes de Disney,…)

L’autre point remarquable du film est qu’il n’y a pas de méchant. Ce sont les événements et leurs failles intimes qu’affrontent Vanellope et Ralph. Tous les personnages sont solidaires de leur quête. Ce n’est pas le premier des récents films Disney qui témoigne de cette évolution - d’autant plus notable dans un monde où le manichéisme primaire s’exprime quotidiennement - mais il la pousse à la perfection. On pourrait même y lire une métaphore de notre temps : le virus qui menace de détruire l’univers des personnages se nourrit de leurs peurs…

Ralph 2.0 (Ralph breaks the Internet en VO) retrouve ce qui faisait le sel des premiers films de Pixar, époque Toy Story. Et, tout en poursuivant la "féminisation" en vogue chez Disney (Shank est un personnage de femme moderne joliment construit, les princesses ne font pas que de la figuration), les auteurs apportent une dimension supplémentaire, au-delà du politiquement correct de convenance. Un véritable upgrade, qui marque la maturité du Disney 2.0.

Réalisation : Rich Moore, Phil Johnston. Avec les voix anglaises de Sarah Silverman, John C. Reilly, Taraji P. Henson, Gal Gadot,… 1h52.

© IPM