Cinéma Une superbe adaptationdu roman de Maylis de Kerangalpar Katell Quillévéré.

A 5h50, Simon Limbres, gamin de 17 ans plein de vie, se glisse silencieusement hors du lit de sa petite amie. Il la regarde amoureusement continuer de dormir et se faufile par la fenêtre de sa chambre. Il enfourche son vélo et dévale les hauteurs du Havre pour retrouver deux copains. En ce matin glacial de février, les trois surfeurs vont tâter de la vague ! Sur le chemin du retour, le chauffeur s’endort. C’est l’accident. Simon n’a pas sa ceinture et est frappé d’un violent traumatisme crânien. A l’hôpital, le médecin de garde (Bouli Lanners) ne peut plus rien faire. Le corps de Simon est chaud, son cœur bat, il respire mais il est en état de mort cérébrale… Un jeune chirurgien (Tahar Rahim) est chargé de proposer aux parents dévastés (Emmanuelle Seigner et Kool Shen) un prélèvement des organes de leur fils…

Publié en 2014, "Réparer les vivants" est le plus grand succès de la romancière française Maylis de Kerangal. Jeune réalisatrice talentueuse révélée en 2010 avec "Un poison violent", Katell Quillévéré en livre une formidable adaptation, fidèle à l’esprit de cette évocation, à la fois clinique et lyrique, d’une transplantation cardiaque. Car si Simon est mort, à Paris, Claire (Anne Dorval), mère de deux enfants, pourra peut-être vivre grâce à son cœur.

Quillévéré conserve l’aspect éclaté du roman. Il n’existe en effet pas de personnage principal dans "Réparer les vivants", sinon le cœur. L’organe évidemment - le film décrit de façon presque documentaire tout le processus de transplantation, de l’entretien préliminaire avec la famille aux opérations chirurgicales, en passant par le fonctionnement de l’agence du don d’organes… Mais aussi le cœur comme siège des tourments qui agitent tous les personnages qui orbitent autour de Simon. Parents, médecins, infirmières, patiente... Tous sont décrits en quelques traits avec finesse et précision. Tous sont éminement vivants.

Très frontal dans son approche du don d’organes, "Réparer les vivants" est transcendé par la justesse de ton de Katell Quillévéré. Laquelle ose affronter les sentiments forts qui frappent ses personnages mais toujours avec pudeur et retenue. Voire avec une certaine distance, soulignée par une mise en scène visuellement très puissante, qui s’offre quelques moments de poésie pure (notamment la magnifique scène de surf du début). Très évocatrice, la partition d’Alexandre Desplats, ainsi que la bande originale dans son ensemble, contribuent elles aussi à créer cette atmosphère d’une humanité profonde partagée par différents destins réunis autour d’un corps vivant et pourtant sans vie.


© IPM
Réalisation : Katell Quillévéré. Scénario : Katell Quillévéré et Gilles Taurand (d’après le roman de Maylis de Kerangal). Photographie : Tom Harari. Musique : Alexandre Desplat. Avec : Bouli Lanners, Dominique Blanc, Tahar Rahim, Emmanuelle Seigner, Kool Shen, Anne Dorval, Alice Taglioni… 1h43.