A Lyon, se tient toute cette semaine, la 9e édition du Festival Lumière qui se consacre exclusivement au patrimoine cinématographique. Dimanche soir, la séance événement était le « Director's Cut » de « Heat » (1996) en présence de son réalisateur Michael Mann.

Voila des semaines que l'Auditorium de Lyon, une salle de concert de 3000 personnes est sold out, malgré le tarif à 15 euros la place. Trois quarts d'heure avec le début de la séance, la foule se presse, car c'est placement libre.

Auteur responsable

A 20 heures, tout le monde se lève pour une chaleureuse ovation au réalisateur du « Dernier des Mohicans », de « Collateral » et on en passe des meilleurs. L'homme est plutôt discret, rare en interview et pourtant il répond en détail aux questions posées par le directeur du festival, Thierry Frémaux, aidé d'un assistant de prestige Guillermo del Toro.

Ainsi pour Michel Mann, la notion d'auteur est synonyme de responsabilité. « Tous les aspects du film, du choix d'un rideau à celui d'un acteur, sont de ma responsabilité. Si quelque chose n'a pas fonctionné, je suis le seul responsable. C'est ce qui fait l'enjeu de la réalisation d'un film : donner vie à son inspiration ». Michael Mann est souvent l'auteur et le producteur de ses films. On apprend que le scenario de « Heat » lui a demandé douze ans de travail. Le projet était complètement ficelé quand il est allé le proposer à la Warner, avec script, casting, budget, etc. Bien que placé en position hors-jeu, le studio ne pouvait dire non à la première confrontation à l'écran entre Pacino et DeNiro.

DeNiro et Pacino dans un même plan

Ce fut d'ailleurs l'occasion pour Michael Mann de faire un sort à la rumeur qui prétend que les deux acteurs ont tourné séparément leur fameuse scène culte du restaurant. « Le champ et le contrechamp furent filmés simultanément à deux deux caméras. Si on avait bougé l'une d'un centimètre, on aurait vu l'autre à l'écran. J'ai coupé au montage le plan où l'on voyait les deux acteurs ensemble car cela ajoutait un troisième point de vue et faisait chuter la pression ». Chuter the « Heat », en somme.

En exposant au public les ressorts de sa mise en scène, en attirant son attention sur des scènes précises ; la projection superbe en copie 4K restaurée, a encore gagné en intensité et en plaisir. En effet, tout au long, on pouvait apprécier certains détails formels qui participent à la construction psychologique des personnages, reconnaître les éléments de style ou encore admirer l’architecture d'un scénario dont le but ultime est de mettre le spectateur dans une position impossible : vouloir une chose et son contraire, voir DeNiro s'en sortir et Al Pacino le capturer.

Vingt ans après sa sortie, « Heat » n'a rien perdu de sa force. Bien au contraire si on croit la tension palpable durant la projection et l'intensité de la salve finale d'applaudissements.