Pauvre Robin des Bois. En 2018, il n’est plus qu’un concept, broyé par la moulinette de la pop-culture. Ne cherchez plus quelque geste médiévale ici. Robin de Loxley (Taron Egerton), prince des voleurs, est plongé dans une espèce d’univers parallèle post-Game of Thrones, post-Assassin’s Creed et post-super-héros.

La croisade à laquelle il participe devient le siège de Falloujah, les arbalètes se transforment en mitrailleuses à flèches. Nottingham ressemble à une antichambre de l’Isengard du Seigneur des Anneaux, avec mine gigantesque et hauts fourneaux recyclés de Clabecq. Le vilain shérif endosse la rhétorique de Trump et l’uniforme néofasciste du général Krennic de Rogue One (ça tombe bien : c’est le même Ben Mendelsohn qui l’interprète) et ses sbires ressemblent à ses Death Troopers, avec masques de Mangemorts. Une fête au château devient fiesta bunga bunga avec jeux de casino et aristos décadents sapés façon Hungers Games. La révolte des miséreux oppose antifas et robocops avec cocktails Molotov et boucliers antiémeutes. F. Murray Abraham se prête au jeu, renfilant son calot d’homme d’Eglise maléfique du Nom de la Rose (on croit rêver…). Jouant les bons lords oisifs le jour et le défenseur de la veuve et l’orphelin la nuit, Robin fait son Batman - ou plutôt le Green Arrow dont il pique la veste matelassée et la capuche - bon, d’accord, le héros de la série DC Comics les lui avait chapardés en premier.

Cette direction artistique fantaisiste et outrancière surprend d’autant plus venant d’Otto Bathurst, un des réalisateurs de l’excellente série Peaky Blinders, autrement ancrée dans la réalité. Mais elle n’est encore rien à côté d’un scénario aux incohérences grotesques (le bon Maure qui se balade tranquillou dans le Nottingham nazifié), dont les auteurs ne sont manifestement pas des flèches. Douglas Fairbanks, Errol Flynn, Russel Crowe et, même, Kevin Costner n’ont pas de souci à se faire : ce n’est pas le pâle Taron Egerton qui va les détrôner.

Réalisation : Otto Bathurst. Scénario : Scénario : Ben Chandler et David James Kelly.  Avec Taron Egerton, Jamie Foxx, Eve Hewson, Ben Mendelsohn… 1 h 54.