Sur un toit de Londres, face au skyline de la City, des adolescentes rient et dansent. Cette bande de filles de toutes origines profite de l’insouciance de son âge. Au lycée, on les interroge déjà sur leur orientation professionnelle. L’une se rêve avocate, l’autre en nouvelle Rihanna. Shola (Bukky Bakray) se voit dans un salon de beauté. Le maquillage, c’est son kif.

On la surnomme "Rocks" depuis l’époque où elle prenait la défense de Sumaya (Kosar Ali), sa meilleure amie. Parce que Shola résiste et ne cède pas un pouce de terrain. Au pays du Brexit (dont ces gamines n’ont cure), Rocks va affronter un "momxit". Quand sa mère disparaît, elle doit prendre en charge son cadet Emmanuel (formidable D’angelou Osei Kissiedu).

On a déjà vu des histoires d’enfants livrés à eux-mêmes, Nobody Knows d’Hirokazu Kore-eda, en tête. Rocks évite les écueils de la répétition malgré les passages obligés - l’attente teintée d’espoir, la diminution des ressources, la débrouille… La réalisatrice Sarah Gavron (Les Suffragettes, 2015) parvient à insuffler une fraîcheur qui déjoue les stéréotypes.

Elle scrute avec amour et compréhension ses ados et son héroïne malgré elle. Dès la scène d’ouverture, Rocks distille sa petite musique - portée d’abord par le flow d’un accent cockney rehaussé de celui de chaque communauté qui métisse l’East London. Le contexte social est difficile, mais, là aussi, les scénaristes Theresa Ikoko et Claire Wilson, déjouent la pesanteur du commentaire (au contraire de ce que proclame l’affiche, elle est plus Mike Leigh que Ken Loach). Réussite due à plusieurs scènes où la bande de copines - et d’actrices - se lâche. Moments de grâce qui reflètent aussi ceux de l’adolescence quand le groupe est vecteur de force.

Spontanéité et vérité

La réussite du film repose en grande partie sur la spontanéité et la vérité de ses jeunes comédiennes - fruit d’un travail étroit avec celles-ci et d’un espace de liberté que la réalisatrice leur a ménagé : le scénario, comme l’indique le générique de fin, a été écrit en collaboration avec les interprètes.

Une scène résume ce travail : celui de l’atelier de collage cubiste. Tels les portraits nés de ce travail collectif, chaque rôle est un cadavre exquis composite. Chaque personnage, même le plus secondaire, existe - voir l’épisode dans la famille de Sumaya.

Rocks saisit un instant doublement précieux. C’est au moment où Rocks est au seuil de la féminité et qu’elle se trouve privée de sa mère qu’elle doit endosser malgré elle le rôle de mère. Refusant de baisser les bras, la jeune fille s’enferre dans une situation dont elle ne peut, seule, sortir gagnante.

Le prix de l’acceptation passe par l’abandon de ce qui lui est le plus précieux - moment à la fois déchirant et lumineux d’un film qui allie avec perfection les deux tonalités. Même la fin, sans être un happy end classique, fait honneur à la joie de vivre de Rocks et de sa bande de copines.

Rocks Teenmovie déniaisé De Sarah Gavron Scénario Theresa Ikoko et Claire Wilson Avec Bukky Bakray, Kosar Ali, D’angelou Osei Kissiedu, Shaneigha-Monik Greyson, Ruby Stokes, Anastasia Dymitrow, Sarah Niles,… Durée 1h33.

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