Un feel-good movie à la française signé Julien Rappeneau, fils de Jean-Paul.

Coiffeur dans une petite ville de province, Vincent Machot (Kyan Khojandi) n’a pas beaucoup voyagé. Par contre, il connaît par cœur sa ville, ses clients, son chat, son cousin ainsi que sa mère (Anémone), omniprésente dans sa vie. Bref, pas vraiment malheureux, pas très heureux non plus, il mène une petite vie tranquille. Laquelle va être bouleversée par le hasard d’une rencontre, celle d’une épicière au regard triste (Noémie Lvovsky). Persuadé de l’avoir déjà vue, il se met à suivre cette mystérieuse Rosalie Blum… Comprenant son petit manège, celle-ci demande à sa nièce Aude (Alice Isaaz) de filer son suiveur…

Scénariste reconnu (il a bossé sur des films aussi divers que "Cloclo" de Florent Emilio Siri, "Pars vite et reviens tard" de Régis Wargnier, "Faubourg 36" de Christophe Barratier ou "36 Quai des Orfèvres" d’Olivier Marchal), Julien Rappeneau passe à la réalisation sans même passer par la case court métrage. Pour son premier essai, il adapte les trois premiers tomes de la bande dessinée "Rosalie Blum" de Camille Jourdy, qui traite de la famille. Celle qu’on quitte ou qui vous tourne le dos, celle que l’on se crée au gré des rencontres. Un sujet qui a sans doute touché personnellement le fils de Jean-Paul Rappeneau, qui avait mis le pied à l’étrier à son fils en lui demandant de travailler avec lui et Patrick Modiano sur le scénario de "Bon voyage" en 2003.

Optant pour un rythme langoureux et une mise en scène en retrait, Rappeneau signe un joli petit film sur la solitude contemporaine de trois personnages qui vont apprendre à se connaître en s’épiant mutuellement. Tendre, voire doucereux façon "Amélie Poulain", "Rosalie Blum" est porté par un très joli casting. Après la capsule ultra-speedée de Canal + "Bref", Kyan Khojandi (vu récemment au cinéma dans "Nous trois ou rien" de son complice Kheiron Tabib) trouve ici un premier rôle qui lui va comme un gant, tout en timidité et sensibilité. Tandis que Noémie Lvovsky incarne avec justesse une femme blessée par un passé douloureux qui retrouve goût à la vie au contact distant de cet inconnu rentré dans sa vie par effraction. Tout en renouant avec sa nièce, campée par la délicate Alice Isaaz, découverte dans "La crème de la crème" en 2014 et revue dans "En mai fais ce qu’il te plaît". Sans oublier la trop discrète Anémone, parfaite en mère demi-folle.

Traversé par une vraie gentillesse et un sens de l’humour décalé et une agréable fantaisie, "Rosalie Blum" est un film délicat. Un peu trop délicat peut-être, Rappeneau n’osant pas toujours aller au bout de son envie de singularité et d’excentricité…


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 Scénario & réalisation : Julien Rappeneau (d’après la BD de Camille Jourdy). Photographie : Pierre Cottereau. Musique : Martin Rappeneau. Montage : Stan Collet. Avec Kyan Khojandi, Noémie Lvovsky, Alice Isaaz, Anémone… 1 h 35.