Rosetta des haras

CinémaVidéo

Fernand Denis

Publié le - Mis à jour le

Rosetta des haras
© laurence TREMOLET

Voici quelques mois, avec son film "L’exercice de l’Etat", Pierre Schoeller réinventait le film politique. Il s’appliquait à saisir comment elle se vit aujourd’hui, plus vraiment dans une confrontation idéologique entre gauche et droite, mais une tension de tous les instants, une pression constante imposée par la quantité de dossiers, la rapidité des décisions, l’enjeu de la communication... La tension de ce ministre sous adrénaline - formidable Gourmet - irriguait à ce point le film qu’il pouvait se passer de pitch, de dramaturgie traditionnelle.

Collant lui aussi, au plus près d’un individu, "Sport de fille" relève un peu de la même approche tendue. Le film de Patricia Mazuy ne s’appuie pas sur un scénario classique, mais sur l’obsession d’une jeune femme passionnée de chevaux. Gracieuse n’a qu’une raison de vivre, un objectif exclusif, voire une mission impossible : monter un cheval d’exception, alors qu’elle est simple palefrenière. Sa passion est telle, qu’elle vit dans un monde parallèle, incapable de voir le réel à l’entour, un bandeau viendra lui barrer métaphoriquement l’œil.

En attendant, elle est par terre. Ce n’est pas un cheval qui la désarçonne, mais son propriétaire en vendant l’animal qui lui avait été promis. Et l’obstacle de l’argent est bien plus insurmontable qu’un oxer ou un "triple-barres". Gracieuse se retrouve au point de départ.

Gracieuse, le prénom est parfait lorsqu’elle monte, mais ne convient plus du tout dès qu’elle a les bottes sur terre. Sauvage, fruste, ombrageuse, indomptée lui conviendraient mieux, tant sa monomanie la rend inhumaine, incapable de nouer une relation avec les autres êtres humains. Sauf, Franz, le prestigieux dresseur de l’écurie, où elle vient d’être engagée. Profitant du départ de tout le monde pour une compétition en Allemagne, elle monte une des meilleures bêtes de la maison, ce qui lui est formellement interdit.

Petite-fille de paysans, Patricia Mazuy a une façon personnelle de revendiquer ses origines, de filmer la campagne et ses habitants, avec un style sans fioritures, brut de décoffrage. Elle nous plonge ici dans un monde hyperréaliste, tant il illustre la lutte des classes, et simultanément absurde, tant le dressage est mystérieux au croisement du sport et de la chorégraphie. Elle avait besoin d’une bonne actrice, plus encore d’une cavalière hors pair, et elle a trouvé en Marina Hands l’absolue perle rare, totalement inadaptée à la vie avec les hommes et parfaitement à l’aise avec les chevaux. Elle campe une authentique Rosetta des haras, une guerrière au visage rageur et buté, qui ne s’épanouit qu’au contact du pur-sang. Une composition très impressionnante d’intensité qui témoigne de la saisissante palette sous-exploitée de "Lady Chatterley".

Dans le rôle d’un prestigieux dresseur, Bruno Ganz est un personnage fascinant, tant il est capable d’obtenir du cheval et de son cavalier des pas d’une complexité, d’une grâce inouïe, mais qui, hors du paddock, se laisse mener par le bout du nez par les femmes qui le font marcher au pas, au trot, au galop depuis 20 ans. Parmi elles, une autoritaire Josiane Balasko, tellement formidable qu’on regrette que les bronzés aient orienté sa carrière dans une seule direction.

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