Avec Katsuya Tomita et Kōji Fukada, le réalisateur Ryūsuke Hamaguchi incarne une nouvelle génération de cinéastes japonais, mais actifs depuis un peu plus de dix ans, déjà. Osons résumer leur cinéma respectif : à Tomita les troubles de la société nippone, à Fukada ceux des êtres, à Hamaguchi ceux des sentiments.

Confirmation pour ce dernier dans son neuvième long métrage, présenté en compétition au Festival de Berlin. Hors festivals, son cinéma demeure injustement méconnu chez nous.

Cinéaste des extrêmes

Sur le format, c’est un cinéaste des extrêmes. Sa fresque Senses (2015), portrait croisé de quatre femmes, s’étirait sur cinq heures. Son présent Wheel of Fortune and Fantasy est composé de trois courts métrages qui ont pour point commun, comme le suggère le titre international anglais, les hasards de la vie. (Le titre original en japonais Gūzen to sōzō pourrait se traduire par “Imaginer par hasard”)

Dans le premier segment (“La magie et quelque chose de moins rassurant”), deux amies discutent de l’homme "magique" que l’une vient de rencontrer, jusqu’à ce la deuxième réalise qu’il s’agit de son ancien amant – qu’elle s’empresse d’aller confronter.

Dans le second segment (“Porte ouverte”), un étudiant veut se venger du professeur qui l’a humilié. Mais le plan ourdi avec sa maîtresse aura des conséquences inattendues. Enfin, dans le troisième (”Une fois de plus”), une jeune femme de retour dans sa ville natale et une ancienne condisciple de classe se reconnaissent par hasard. Sauf qu’il ne s’agit ni des bonnes amies, ni du bon lycée…

Monologue érotique

L’intime et l’existentiel sont déjà deux poncifs qui collent au cinéma d’Hamaguchi. On s’en accommode tant ils sont justes. Les protagonistes de son œuvre aux relents proustiens sont toujours à la recherche du premier amour perdu.

Ajoutons que, loin des stéréotypes, le feu couve sous la retenue japonaise. Voire le remarquable monologue d’érotisme littéraire dans le second segment ou tout ce que recèlent entre les lignes les aveux du dernier récit, bouleversant d’émotion contenue.

On regrette de ne pas maîtriser la langue de Murakami, tant on devine ciselés les dialogues que déploie ce Rohmer nippon dans de longs plans séquences portés par des acteurs et, surtout, des actrices, les véritables vecteurs de la voix d’Hamaguchi.

Ce dernier n’est pas un formaliste. Ses décors sont d’un triste et déshumanisé urbanisme (étonnamment pour le surpeuplé Japon) qui fait sans doute écho à la nostalgie de temps plus romantiques. Mais sous une apparence anodine, les plans que compose Hamaguchi font sens comme le suggère celui du premier segment. Face à un chantier, un train passe. Lorsque remonte l’objectif, apparaît devant un magnifique ciel bleu un arbre en fleur : même après un séisme ravageur, il reste toujours un printemps à espérer pour les sentiments.

Wheel of Fortune and Fantasy Contes (a)moraux De Ryūsuke Hamaguchi Scénario Ryūsuke Hamaguchi Avec Kotone Furukawa, Hyunri, Shouma Kai, Aoba Kawai, Katsuki Mori, Ayumu Nakajima, Kiyohiko Shibukawa,Fusako Urabe, Durée 2h01

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