Delépine et Kervern filment Depardieu et Poelvoorde. Arrosé !

Comme chaque année, Bruno (Benoît Poelvoorde) et son père (Gérard Depardieu) sont présents au Salon de l’Agriculture, Porte de Versailles, pour présenter leurs plus belles bêtes. Mais si le second espère bien décrocher le prix du plus beau taureau, le premier profite surtout de cette semaine à Paris pour faire la route des vins de France, sans même quitter le salon ! Il faut dire que la perspective de reprendre la ferme de son père ne l’enchante guère… Pour tenter de se rapprocher de son fils, le retraité l’embarque en taxi (piloté par Vincent Lacoste) pour faire la route des vins. Mais en vrai cette fois ! Et le trio en escapade dans les vignes de France…

"Saint Amour" est un petit film tourné avec deux bouts de ficelle mais porté par une énergie folle et une étonnante tendresse pour ce duo père/fils à la recherche d’un peu de chaleur humaine. Pour composer cette farce fleur bleue, Kervern et Delépine retrouvent leurs habitués (Poelvoorde, Depardieu, Houellebecq…) mais convient également une impressionnante galerie d’actrices : Chiara Mastroianni, Andréa Ferréol, Izïa Higelin, Ana Girardot ou encore la touchante Céline Sallette.

Comme toujours chez Delépine et Kervern conçu comme un road movie propice aux rencontres, "Saint Amour" offre un regard nettement moins désespéré sur la France contemporaine que celui de leur film précédent "Near Death Experience" (resté inédit en 2014). Si les thèmes sont identiques (exclus du système, alcoolisme, regard critique sur l’évolution du monde…), le duo essaye cette fois d’y croire. Notamment en proposant une vision réenchantée des métiers de la terre. Car même pauvres, surchargés de travail et bouseux jusqu’au bout des bottes, leurs paysans ne sont pas que des culs-terreux. Ce sont des hommes fiers, qui ne demandent que de pouvoir vivre dignement de leur métier sans devoir courir après la rentabilité à tout crin.

Si le pathétique des personnages confère une touche décalée à cette divagation rurale et alcoolisée, "Saint Amour" vaut surtout pour son duo d’acteurs. Derrière la carrure contradictoire de Depardieu et Poelvoorde, les cinéastes cherchent la même chose, la fragilité. Et les deux impressionnent dans leur absence totale de pudeur, se mettant véritablement à nu face à la caméra en abordant des sujets très personnels.

C’est là la beauté de ce film très imparfait, tenter de dépasser la farce grossière pour capter les failles non seulement des personnages mais aussi de ces deux stars caricaturales. Dommage quand même qu’après un début en fanfare, Delépine et Kervern s’égarent sur leurs chemins de traverse, se montrant incapables de finir leur film. Sinon par une pirouette maladroite.


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 Scénario & réalisation : Gustave Kervern & Benoît Delépnine. Photographie : Hugues Poulain. Musique : Sébastien Tellier. Avec Gérard Depardieu, Benoît Poelvoorde, Vincent Lacoste, Céline Sallette… 1h41