Cinéma Grièvement brûlé, un pompier se trouve du jour au lendemain sans force, sans visage, sans avenir.

Sauver ou périr. C’est la devise des pompiers de Paris. Pour Franck, ce n’est pas un métier, c’est une vocation. Il vit son travail avec passion, limite obsession.

D’ailleurs, il est ravi d’habiter un appartement de la caserne. Rien ne surpasse cette adrénaline de sauver des vies. Rien, sauf les yeux de sa femme qui le regarde comme un héros. Lui, le gringalet, devenu un sacré athlète grâce à sa volonté d’acier.

Et puis, un jour, il applique sa devise, il sauve un collègue dans un entrepôt en feu et se réveille, huit semaines de coma plus tard, dans un service des grands brûlés. Sans force, sans visage, sans avenir.

La caméra de Frédéric Tellier ne va plus le lâcher. Elle va plonger avec lui dans ce bain antiseptique quotidien, tellement douloureux. Elle va plonger dans le vide de son existence qui, hier encore, était si remplie de son métier palpitant, de ses jumelles adorables, de ses projets de couple. Aujourd’hui, pompier, c’est terminé. Ses filles sont trop petites pour venir le voir. Sa femme est toujours là, aimante, mais pour combien de temps encore. Et comment ne pas éprouver ce sentiment de lui pourrir le reste de sa vie ?


Katell Quillévéré (Réparer les Vivants), Thomas Lilti (Médecin de campagne), Jeanne Herry (Pupille) ou Frédéric Tellier (Sauver ou périr) ne forment pas un groupe, n’ont pas écrit un manifeste ensemble et pourtant, ils emmènent le cinéma dans la même direction, animent une sorte de courant de fiction documentaire.

Pendant deux heures, on suit le parcours d’un homme dont la vie s’est écroulée brutalement, d’un homme plongé dans une souffrance physique permanente qui n’est rien à côté de ce qu’il endure moralement. Sa famille, ses amis, son univers hospitalier - alliant pourtant humanité et technologie -, ne peuvent rien y changer.

Cette aventure intérieure est d’autant plus insoutenable qu’elle nous pend au nez, nos vies sont écrites sur du sable, à la merci d’un accident, de la maladie.

Un documentaire qui suivrait un grand brûlé pendant deux ans ne montrerait sans doute pas autre chose, sauf que la fiction évite d’être transformé en voyeur, d’assister au spectacle d’un vrai couple malmené par le destin.

La fiction dans cette histoire, ce sont les acteurs dans lesquels on peut se projeter tout en gardant une distance. Pierre Niney et Anaïs Demoustier forment un très beau couple de cinéma. Et le cinéma, c’est toujours plus fort que la vie car il ne garde que les temps… forts, pour éclairer les parts d’ombre.

Réalisation : Frédéric Tellier. Scénario : David Oelhoffen, Frédéric Tellier. Avec Pierre Niney, Anaïs Demoustier, Vincent Rottiers, Sami Bouajila… 1h56.

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