Disponible ce mardi 28 avril en Premium VOD, Skate Kitchen de Crystal Moselle est un petit film indé new-yorkais mettant en scène une jeune skatteuse. À mi-chemin entre fiction et réalité.


À18 ans, Camille (Rachel Vinberg) vit seule à New York avec sa mère, d’origine sud-américaine. Celle-ci se désole de voir sa fille préférer le skateboard à l’école. Solitaire, la jeune fille timide se lie d’amitié avec une bande de filles rencontrées au skatepark, les « Skate Kitchen ». Elle se rapproche par ailleurs d’un jeune skateur aux cheveux rouges épris de photographie…

© Cinéart

Un portrait authentique

Voilà pour la ligne narrative de Skate Kitchen, aussi épaisse que du papier à cigarette ou plutôt à joints, que consomment en abondance les personnages. Pourtant, ce petit film indépendant new-yorkais épate par la véracité qu’il dégage.

Issue du documentaire — on lui doit en 2015 un premier film récompensé à Sundance, The Wolfpack, où elle décrivait le quotidien de six frères vivant confinés par leur père dans un appartement du Lower East Side —, Crystal Moselle s’aventure cette fois du côté de la fiction mais en gardant les deux pieds dans le réel. Et pour cause, son héroïne, Camille, est une version fictionnalisée de son actrice Rachelle Vinberg, qu’elle avait déjà fait tourner, en compagnie ses amis, que l’on retrouve également ici, dans le court métrage That One Day, à l’origine de ce film.

Dès lors, ce n’est pas tant l’intrigue — assez banale, dans l’esprit d’un film d’apprentissage adolescent, avec la camaraderie, la construction de l’identité et la découverte de l’amour — qui intéresse que l’étude minutieuse d’un milieu social. Ce que capte en effet magnifiquement la cinéaste américaine, c’est l’énergie de ces jeunes, mais aussi leur façon très crue de s’exprimer ou de se comporter en bande. En cela, Moselle offre un pendant new-yorkais et féminin à 90’s, premier long métrage très réussi de Jonah Hill, où il évoquait sa jeunesse de skateur dans le Los Angeles des années 90. Tout en s’inscrivant dans le sillage de la trilogie sur l’adolescence new-yorkaise Totally F***ed Up, The Doom Generation et Nowhere, réalisée de 1993 à 1997 entre Gregg Araki.

© Cinéart

À hauteur de planche

Pour mettre en scène celle peinture de la jeunesse new-yorkaise, Crystal Moselle se met au diapason des ados qu’elle filme. Elle intègre notamment l’esthétique des vidéos de skate qu’ils dévorent, avec ces cadrages au ras du sol, les travellings réalisés avec les planches pour suivre au plus près les corps en mouvement de ces skateuses qui transforment les rues de New York en terrain de jeu… Et à nouveau, comme dans le très beau Paranoid Park de Gus Van Sant en 2007, le skateboard se révèle éminemment cinématographique!

À la superbe photographie de Shabier Kirchner, répond la science du montage du Flamand Nico Leunen qui, à côté de son travail pour Felix van Groeningen (Belgica) et Fien Troch (Home), mène décidément bien sa barque aux États-Unis, où il avait déjà monté A Beautiful Boy de van Groeningen mais surtout Ad Astra de James Gray.

Bref, tout est réuni pour faire de Skate Kitchen un vrai film générationnel, d’ailleurs aussitôt adopté par l’univers du skateboard. Ce qui a poussé HBO à le décliner sous la forme d’une min-série en six épisodes, Betty. Diffusée à partir du 1er mai, celle-ci met à nouveau en scène Rachel Vinberg et est toujours réalisée par Crystal Moselle.

© Cinéart

  • Disponible en Premium VOD sur Proximus Pickx, Voo, UniversCiné et Lumière dès le 28 avril.

Skate Kitchen Film indé new-yorkais Réalisation Crystal Moselle Scénario Crystal Moselle, Jen Silverman & Aslihan Unaldi Musique Aska Matsumiya Montage Nico Leunen Avec Rachel Vinberg, Kabrina Adams, Nina Moran... Durée 1h46

© Cote LLB