Depuis la mort de son mari, Leila (Raha Khodayari) élève seule sa petite fille et son fils de 12 ans, Amir (Mahan Nasiri). Pour ce faire, la jeune quadragénaire est obligée de bosser à l’usine. Mais alors que les sanctions économiques frappent l’Iran, sa place est précaire. D’autant que ses collègues déblatèrent dans son dos, raillant cette femme célibataire courtisée par Kazem (Reza Behboodi), le chauffeur du bus qui amène les ouvriers au boulot. Jouant les entremetteuses, la vieille Bibi (Maryam Boubani) conseille vivement à Leila d’accepter la proposition de mariage du brave Kazem, qui lui apporterait une vraie sécurité financière. Sauf que, par peur du qu’en-dira-t-on, le bonhomme refuse d’accueillir son fils sous son toit, du moins pas avant que sa propre fille ne se soit mariée…

Condition féminine

Signé Mohammad Rasoulof, le scénario de Son-Mother alterne, comme le suggère son titre, entre le point de vue de la mère, et celui de son fils, pour décrire la situation inextricable dans laquelle les deux personnages se retrouvent coincés. Ours d’or en début d’année à Berlin pour l’impressionnant There is No Evil , Prix Un Certain Regard à Cannes en 2017 pour Un Homme intègre , le grand cinéaste iranien en froid avec le régime pose à nouveau un regard très dur sur la société iranienne. Laquelle condamne cette femme et son enfant pour ce dont ils sont pourtant victimes : être veuve et orphelin.

Un sujet en or pour Mahnaz Mohammadi, documentariste reconnue - on lui doit notamment Women Without Shadows en 2003 -, qui passe pour la première fois à la fiction. Activiste en Iran pour les droits de la femme, la cinéaste livre un drame féministe puissant, qui choisit ouvertement de se placer aux côtés des opprimés du patriarcat iranien : les femmes et les enfants.

Mis en scène avec une grande rigueur, porté par de bons acteurs (dont le jeune Nathan Nasiri, impressionnant dans le rôle de cet enfant condamné au malheur), très fin dans son étude de personnages, Son-Mother apporte une énième confirmation de la bonne santé du cinéma iranien. Un cinéma puissant et courageux qui, malgré la menace permanente de la censure, réussit à garder les yeux ouverts pour décrire les injustices d’une société corsetée par la tradition et condamnée à une forme de fatalisme, qui apporte toute sa densité à ce drame intense.

Son-Mother Drame De Mahnaz Mohammadi Scénario Mohammad Rasoulof Photographie Ashkan Ashkani Avec Raha Khodayari, Mahan Nasiri, Reza Behboodi, Maryam Boubani… Durée 1h42.

Disponible sur Sooner.be et Proximus.

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