Le cinéaste texan rabâche toujours ses mêmes obsessions, dans un quasi copier-coller de ses deux films précédents…

Provinciale discrète et réservée débarquée à Austin, Texas, Faye (Rooney Mara) a besoin de se sentir vivre, de multiplier les expériences. Alors, elle se laisse embarquer par son patron (Michael Fassbender), un producteur de musique à succès, dans une relation destructrice. Avant de tomber sous le charme du nouveau poulain de son amant (Ryan Gosling), avec qui il veut absolument signer un disque. Partagée entre les deux hommes, la jeune femme réfléchit à sa vie, à la vie, durant deux heures d’un film dont la patte de son auteur est présente à chaque plan, comme une signature pesante.

Pourtant, Terrence Malick a toujours la cote ! En témoigne son casting cinq étoiles. Où aux stars de cinéma - outre Mara, Fassbender et Gosling, on croise ici Cate Blanchett et Natalie Portman -, se rajoutent cette fois celles de la musique, avec des caméos d’Iggy Pop, Val Kilmer ou encore Johnny Rotten (Sex Pistols). Tandis que Patti Smith, poétesse éthérée sur la même longueur d’ondes philosophico-ésotériques que le cinéaste, a même droit à un rôle un peu plus conséquent.

Depuis sa Palme d’or pour "Tree of Life" en 2011, Malick semble s’être enfermé dans son propre cinéma, comme prisonnier de son amour de la beauté. Chaque cadre doit être pensé, chaque plan léché, chaque pose apprêtée. A tel point que toute vie a déserté cette esthétique glacée de plus en plus publicitaire.

Le système Malick (ou le style, c’est selon) semble en effet cette fois définitivement figé. Plus de scènes, plus de dialogues… Juste des bribes, des instants volés à la vie des personnages, tournés avec des mouvements de caméras amples, des gestes lents… Très agaçante, cette affèterie est malheureusement en contradiction totale avec la pauvreté de la réflexion proposée ici par Terrence Malick.

"Song to Song" est néanmoins plus abouti que les précédents "To the Wonder" et "Knight of Cups", car moins encombré du mysticisme religieux neuneu du premier et moins prétentieux que le second. Pour le reste, c’est grosso modo la même chose. Malick met en scène avec beaucoup d’emphase les crises existentielles de personnages évoluant dans des univers tout droit sortis de magazines déco et design.

Mais, au fond, le vieux cinéaste texan n’a pas grand-chose à nous dire sur la scène musicale d’Austin, dans son Texas natal (après Los Angeles dans "Knight of Cups"). Si l’on enlève tout le glamour (les stars, le luxe, les tics d’une réalisation et d’un montage, toujours aussi rigoureux…), "Song to Song" se réduit à un triangle amoureux tout ce qu’il y a de plus banal. Qui plus est plombé par la lourdeur de ces épuisantes voix off (quatre cette fois !), qui susurrent des platitudes tout droit sorties d’un manuel de développement personnel ou d’un roman à l’eau de rose…


© IPM
Scénario & réalisation : Terrence Malick. Photographie : Emmanuel Lubezki. Mon- tage : Rehman Nizar Ali, Hank Corwin Keith Fraase. Avec Ryan Gosling, Rooney Mara, Michael Fassbender, Natalie Portman, Cate Blanchett, Holly Hunter… 2 h 09.