Le troisième "reboot" du super-héros retrouve fraîcheur et consistance.

Sixième adaptation de Spider-Man au cinéma, "Homecoming" marque les débuts d’un nouvel acteur. Après Toby Maguire et Andrew Garfield, Tom Holland remet les compteurs à zéro. Plus jeune comédien à avoir endossé le rôle - vingt ans lors du tournage -, il incarne un Peter Parker de quinze ans, qui évolue dans un monde plus high-tech. Avec un nouveau et quasi-inconnu à la réalisation et à l’écriture, Jon Watts, cette "rentrée" ("homecoming") souffle d’un bout à l’autre d’un vent de fraîcheur qu’on n’attendait plus.

Humour, action et fond, oui, fond, se mêlent allègrement dans un scénario qui s’appuie intelligemment sur l’univers cinématographique Marvel (essentiellement la saga "Avengers") et la familiarité supposée du public avec le personnage. S’il s’agit à nouveau d’un récit des origines, on ne revient plus sur les sources du pouvoir de l’ado. On reprend le fil au lendemain de sa brève mission dans "Captain America : Civil War" - revue ici sous un mode décalé en coulisses.

Mais après ces débuts fulgurants, Peter ronge son frein. Dans l’attente d’une hypothétique deuxième mission, Spider-Man sauve les chats de son Queens natal, aide les vieilles dames quand il n’arrête pas un voleur de bicyclette. Mais tout à sa bonne volonté, le jeune super-héros multiplie les bourdes et les dégâts, peinant à maîtriser le costume high-tech que lui a offert Tony Stark. Les choses se compliquent quand des braqueurs utilisent des armes qui semblent sorties de "La guerre des étoiles". Peter tente d’en remonter la piste. Ce faisant, il fait ses propres armes.

Même s’il y est fait allusion, il ne s’agit plus d’offrir une métaphore sur la puberté par super-pouvoir interposé, ni d’une glose sur la découverte du sens des responsabilités ou du devoir. Peter veut ressembler à son idole et un modèle : Stark/Iron Man. C’est un groupie-orphelin qui ne veut pas décevoir ce substitut paternel.

"Tu dois garder les pieds sur terre", conseille Tony Stark à Peter Parker. Leçon appliquée à bon escient par le réalisateur et les scénaristes, qui n’ont besoin d’aucun effet spécial pour rendre glaçant un dialogue dans une voiture ou transformer une banale ouverture de porte en twist magistral. En dépit de son arrière-plan fantastique, le film a le mérite d’être bien ancré dans le réel. Cette Amérique-là est concrète. Les compagnons de lycée de Peter ont des préoccupations de leur âge et sont de toutes les origines. C’est jusqu’à Tante May, idéalement rajeunie, qu’on dote d’origines italiennes aussi logiques pour l’actrice Marisa Tomey que pour une résidente du Queens new-yorkais.

La même dimension prosaïque est appliquée au "Vautour", l’un des meilleurs - sinon le meilleur - super-méchant depuis longtemps. Dans le rôle, Michael Keaton boucle la boucle : premier "Batman" de cinéma il y a plus d’un quart de siècle déjà, le voici dans un troisième rôle de "Birdman", mais cette fois de l’autre côté de la loi. Son interprétation est parfaite. Il alterne en un clin d’œil le père de famille débonnaire avec le chef de bande menaçant.

Le "Vautour" n’est pas un demi-dieu, ni un androïde ou un sorcier, pas même un sociopathe. Il n’a aucun pouvoir. Il ne veut ni dominer ni détruire le monde. C’est un chef de chantier qui a failli tout perdre parce qu’un autre - Tony Stark - est plus riche, plus puissant et jouit d’un meilleur carnet d’adresses.

Ce personnage résonne des frustrations de la classe moyenne blanche laminée qui a porté un Trump au pouvoir. "Ces milliardaires, ces mecs là-haut, s’en foutent de nous", lâche-t-il. Si Adrian Tooms est devenu le Vautour, c’est parce qu’il ne lui restait à ramasser que les miettes des bastons des puissants. Il a choisi de survivre à sa manière pour sauver les siens. Cela justifie-t-il ses choix et ses crimes ? Non. Mais cela l’humanise, le complexifie. C’est gonflé : certains kids américains reconnaîtront par instants leur propre père en lui. Cela redonne une familiarité à cet univers qui tendait à devenir totalement désincarné sur le fond comme sur la forme - ici ni trop pyrotechnique, ni trop numérisée.

Enfin, un blockbuster qui, en 2017, fait dire à un prof que "manifester est un acte patriotique" et rappelle au public américain que le Monument de Washington fut érigé par des esclaves mérite notre considération.


© IPM
Réalisation : Jon Watts. Scénario : Jonathan Goldstein & John Francis Daley. Musique : Michael Giacchino. Avec Tom Holland, Michael Keaton, Robert Downey Jr, Jon Favreau,… 2 h 13.