De retour d’un séjour à Hong Kong, Beth Emhoff ne se sent pas bien. Une mauvaise grippe sans doute Le lendemain, elle meurt. A Hong Kong, Tokyo, Chicago ou Paris, dans le métro, dans la rue, les morts se succèdent, victimes d’un mystérieux virus qui se propage à la vitesse grand V. Partout dans le monde, les scientifiques se mobilisent pour tenter de décrypter le génome du virus et proposer un vaccin Nous voilà en terrain connu : mettant en scène une pandémie mortelle, "Contagion" va se jouer habilement de nos craintes contemporaines, dans un univers mondialisé où un virus se propage presque aussi rapidement qu’un virus informatique !

Partagé depuis ses débuts entre des œuvres personnelles, parfois à la limite de l’expérimental - que l’on pense à "The Girlfriend Experience", "Bubble" ou même à son diptyque sur le "Che" -, et une brillante carrière hollywoodienne ("Ocean’s Eleven", "Erin Brockovich"), le parcours de Steven Soderberg est exemplaire. Producteur éclairé, réalisateur exigeant, il est en tout cas l’une des rares personnalités hollywoodiennes à pouvoir s’offrir, à son âge, une telle liberté.

Avec son casting de rêve (Matt Damon, Kate Winslet, Marion Cotillard, Jude Law, Gwynett Paltrow ou encore Laurence Fishburne, excusez du peu !), "Contagion" appartient au versant commercial de la filmographie de Soderbergh. Avec 68 millions de dollars, il bénéficie d’ailleurs de son budget le plus confortable après ceux de la trilogie des Danny Ocean (environ 100 millions chacun). Mais, comme à chaque fois, le cinéaste américain est capable d’imprimer les productions, a priori les plus formatées, de sa patte, de sa science du découpage, du récit et du montage.

On s’en rend compte ici dès le générique, impressionnant. Sur une musique électronique puissante, dont les basses miment les battements du cœur et le rythme sanguin, Soderbergh filme, aux quatre coins de la planète, ces gestes quotidiens a priori anodins pourtant susceptibles de mettre en contact avec une maladie mortelle ! En deux minutes, "Contagion" place le spectateur en condition, titillant ces phobies tapies en lui qui se réveillent périodiquement : grippe A (H1N1), SRAS, grippe aviaire, maladie de la vache folle, bactérie E-Coli Avec un brin de perversité, "Contagion" surfe sur ces peurs contemporaines pour décrire un monde interconnecté marqué par l’immédiateté. Soderbergh met, en effet, l’accent autant sur la propagation de la peur que sur celle du virus. Une peur qui se répand désormais à la vitesse d’un Tweet sur la toile. Le personnage de Jude Law, blogueur persuadé que l’OMS et les gouvernements mentent à la population, est d’ailleurs le plus fascinant. Et le plus inquiétant

Si le désir revendiqué par Steven Soderbergh est simplement de rendre hommage aux films catastrophes qui firent les beaux jours d’Hollywood dans les années 70 - le cinéaste cite comme référence "La tour infernale" d’Irwin Allen -, il va un peu plus loin. Actualisant le propos, il accouche d’un film véritablement contemporain. Qui ne cherche pas à renouveler le genre, mais à le remettre au goût du jour, alliant, comme d’autres avant lui (de "I Am Legend" à "28 Days Later"), divertissement et réflexion. Car si "Contagion" fonctionne à merveille, c’est évidemment à cause de la mise en scène de Soderbergh, une nouvelle fois déconcertante de facilité. Mais aussi à cause du plaisir, éternellement renouvelé, que l’on prend à se faire peur au cinéma, à exorciser au grand écran ses angoisses les plus sourdes.

Réalisation : Steven Soderbergh. Scénario : Scott Z. Burns. Avec Matt Damon, Kate Winslet, Marion Cotillard, Jude Law, Gwynett Paltrow, Laurence Fishburne 1 h 46.