Le Hongrois László Nemes retrouve le dispositif du "Fils de Saul", en moins fort...

Trois ans après le triomphe critique à Cannes du Fils de Saul , le second long métrage de László Nemes était évidemment très attendu. Présenté en compétition à la dernière Mostra de Venise, Sunset a malheureusement déçu une bonne partie de la critique. Le jeune cinéaste hongrois signe ici une longue errance hallucinée de 2h20 dans les rues de Budapest, la rivale de Vienne, à la veille de la Seconde Guerre mondiale et de la chute de l’empire austro-hongrois. Et ce sur les pas d’Irisz Leiter (Juli Jakab), jeune modiste en provenance de Trieste, où elle a été formée. De retour à Budapest, la jeune fille tente de se faire engager dans le grand magasin autrefois tenu par ses parents et qui porte toujours son nom. Où les fantômes du passé (ceux de son père et de sa mère mais aussi d’un frère mystérieux) côtoient les mauvais esprits qui sont sur le point de mener l’Europe au cauchemar…


Un film crépusculaire

Dans Sunset, Nemes reprend quasiment le même dispositif que dans Le fils de Saul, en collant au plus près (même si le sentiment est ici moins claustrophobique), cette jeune femme campée par Juli Jakob (que l’on croisait déjà dans son film précédent). Sauf que, si la mise en scène est toujours aussi impressionnante, totalement virtuose et si la reconstitution historique est sublime, les enjeux apparaissent un peu moins clairs.

Malgré ses fulgurances visuelles, la réalisation de Nemes est cette fois au service d’une métaphore un peu fumeuse sur la chute de l’empire austro-hongrois et de l’Europe à la veille de la Première Guerre mondiale… En écho, évidemment, à l’état de délitement de l’Europe actuelle, notamment dans la Hongrie de Viktor Orbán.

Malgré le climat angoissant que parvient à distiller Nemes, Sunset, par trop volontairement obscur, voire abscons, ne parvient pas à réellement embarquer le spectateur dans ce voyage crépusculaire sur les traces de la chute de la civilisation occidentale. Une civilisation représentée ici de façon presque fétichiste par ces sublimes chapeaux de dames que s’arrache l’aristocratie austro-hongroise décadente. Comme pour se rattacher à un monde en suspens, voire déjà mort…

Sunset / Napszállta Drame historique De László Nemes Scénario László Nemes, Clara Royer & Matthieu Taponier Photographie Mátyás Erdély Musique László Melis Avec Juli Jakab, Susanne Wuest, Vlad Ivanov, Mónika Balsai… Durée 2 h 22..

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