Sur la route

A.Lo. Publié le - Mis à jour le

Cinéma

Michel (Olivier Gourmet) et Marthe (Isabelle Huppert) vivent avec leurs deux filles, Judith (Adélaïde Leroux, vue dans "Flandres") et Marion (Madeleine Budd) et leur petit dernier, Julien (Kacey Mottet Klein) dans une maison "du bout du monde" - une villa perdue au milieu des champs et au bord d’une autoroute qui n’a jamais été achevée. La vie y est simple et paisible et cette solitude semble convenir à chacun. Jusqu’à ce qu’un soir Julien affirme avoir vu des ouvriers en repérage sur le chantier désaffecté.

Obsession

D’Ursula Meier, réalisatrice menant sa carrière entre la Suisse, la France et la Belgique, on connaît quelques courts métrages et documentaires, et un téléfilm, "Des épaules solides", sur la rage d’une jeune athlète de faire de son corps une machine à gagner. Celle-ci entretien avec la famille de "Home" un même jusqu’au-boutisme obsessionnel. Tout commence dans un certain équilibre, à défaut d’une harmonie totale. Mais avec la reprise du chantier autoroutier, c’est le monde qui se rappelle au souvenir de ce microcosme. "Home" n’est pas sans évoquer le théâtre de l’absurde des années 60-70 - et un certain cinéma qui en reprit les thèmes.

Il y a du Beckett, puis du Pinter, dans cette famille et ses "pérégrinations immobiles". Si l’on fait fi de tout excès de rationalisme ou de "psychologisme", on trouvera dans le récit habilement mis en scène par Ursula Meier, un humour et une ironie douce et on pourra aussi s’amuser à bondir d’une métaphore à l’autre - l’autoroute, symbole de la ligne de vie comme de la frénésie du monde moderne.

L’auteur excelle dans la peinture - au propre comme au figuré - de certains petits instants, trouvant souvent le ton juste pour caractériser, avec une égale attention, chaque membre de la famille et ses petites obsessions - Huppert et Gourmet savent avec générosité laisser exister leurs jeunes partenaires.

Saut dans l'inconnu

C’est le liant qui manque parfois, comme en témoignent certaines baisses de régime ou, au contraire, des ressorts plus convenus - une fin, notamment, qui ne tranche pas vraiment, sauf à affirmer que lorsqu’une situation inextricable menace de vous étouffer, mieux vaut encore choisir le saut dans l’inconnu.

A défaut d’une totale perfection, "Home" n’en témoigne pas moins d’une préférence de l’auteur pour les chemins de traverse du cinéma et d’un même jusqu’au-boutisme que ses personnages. C’est tout à son honneur.

A.Lo.

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