Disponible dès ce mardi en Premium VOD, un premier long métrage indépendant américain percutant et ouvertement féministe. Sur une jeune femme atteinte d’un rare trouble du comportement alimentaire, le pica, qui consiste à ingérer des substances non comestibles...


Avec son magnifique jardin, sa grande piscine et son immense salon aux baies vitrées offrant une vue splendide sur l’Hudson River, la villa de Richie (Austin Stowell), jeune yuppie destiné à reprendre l’entreprise de son père, et de son épouse Hunter (Haley Bennett) est un véritable paradis sur Terre. À quelques kilomètres seulement de Manhattan. Quand la jeune femme tombe enceinte, le bonheur semble à son comble. "Je suis si chanceuse", ne cesse-t-elle de répéter à son entourage. Pourtant, regardée de haut par ses richissimes beaux-parents, gentiment dénigrée par son mari quand elle repasser mal une cravatte, Hunter n’est pas bien dans sa peau. Le conseil de sa belle-mère, qu'elle avait appliqué à son âge? "Fais semblant d’être heureuse, jusqu’à ce que tu le sois…" Avant de confier à Hunter un livre qui l’avait beaucoup aidée durant sa propre grossesse, dont le mantra est: "Fais chaque jour quelque chose d’inattendu."

Cette chose inattendue, c’est d’avaler… une bille. Après l’avoir prise en main, avoir observé ses reflets rougeâtres dans les rayons du soleil, Hunter est en effet prise d’une envie irrépressible de l’ingérer. Une fois celle-ci récupérée au fond de la cuvette des toilettes et bien lavée, elle est posée comme un trophée sur un meuble. Quelques jours plus tard, c’est une punaise que la jeune femme (campée par la troublante Haley Bennett, déjà vue aux côtés de Denzel Washington dans Equalizer ou dans Les Sept Mercenaires) décide d'avaler…

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Métaphore féministe

Swallow (avaler en anglais) se base sur un véritable trouble du comportement alimentaire, assez rare mais réparti sur toute la planète et connu depuis l’Antiquité: le pica. Cette maladie consiste à ingérer de façon récurrente des substances non comestibles, le plus fréquemment de la terre (notamment dans les situations de famine), mais aussi des cheveux, de la laine… Pour ce premier long métrage, soutenu par le Sundance Institut et coproduit avec la France, Carlo Mirabella-Davis s’est d’ailleurs inspiré de l’histoire de sa propre grand-mère, victime du pica et enfermée dans un mariage malheureux.

Ce besoin d’ingérer quelque chose représente une forme de liberté ultime pour son héroïne, prisonnière d'un cocon familial où elle est cantonnée au rôle de la jolie plante au bras de son mari, à l’organisatrice de soirée aux robes à fleurs et au sourire forcé. "C’est un succès! Ils ont adoré ta cuisine", lui lance fièrement son mari, dans un compliment sans doute sincère, mais qui dit tout de l’emprise patriarcale qu’il exerce sur elle. Et quand il découvre les comportements déviants de sa jeune épouse, jusqu’à lui imposer, pour son bien, pense-t-il, la présence d’un infirmier-garde du corps veillant sur elle en permanence, pour s’assurer qu’elle ne recommence pas…

Si le jeune cinéaste américain revendique la dimension politique et féministe de son récit, il ne choisit pas pour autant le pamphlet. Pour raconter la libération de son héroïne, fragile au-dehors, avec ses yeux tristes et ses pommettes roses, mais combattante à l’intérieur, Carlo Mirabella-Davis flirte au contraire avec le fantastique. Il met en effet en place une ambiance presqu’irréelle, un peu à la façon de Jordan Peele dans Get Out, mais pour aborder une question bien réelle, celle de la place réservée aux femmes dans une société toujours résolument patriarcale.

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***Swallow Drame féministe De Carlo Mirabella-Davis Scénario Carlo Mirabella-Davis Photographie Katelin Arizmendi Musique Nathan Halpern Montage Joe Murphy Avec Haley Bennett, Austin Stowell, Denis O'Hare… Durée 1h34.

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