La cinéaste belge Annick Ghijzelings se met à l’écoute du peuple Ma’ohi.

Tahiti… Le nom fait rêver. Éveille immédiatement des images de vahinés se déhanchant lascivement sur des plages paradisiaques… Mais ce n’est pas cette imagerie, présente en Europe depuis le XVIIIe siècle, reprise par Gauguin puis par le tourisme de masse, qui intéresse Annick Ghijzelings. Auteure de documentaires intimistes, la cinéaste belge retrouve la Polynésie deux ans après 27 fois le temps (réflexion sur le temps), pour filmer l’envers de la carte postale. Sa caméra, elle la pose en effet au quartier du Flamboyant, nom ronflant pour un bidonville tristement installé en bordure de la piste de l’aéroport international de Tahiti…

Ma’ohi Nui, Ghijzelings le conçoit comme une réflexion poétique et politique sur le passé, le présent et l’avenir d’un pays déboussolé. Déboussolé par près de deux siècles de colonisation française, mais aussi par trente années d’essais nucléaires qui ont entaché à jamais le paradis du peuple Ma’ohi… Le film se met en permanence aux côtés de celui-ci, en harmonie avec sa culture, sa vision du monde et ses revendications d’indépendance.

A la description douloureuse de la vie quotidienne d’hommes et de femmes vaincus, coupés de leur culture et plongés dans une modernité faite de pauvreté et d’ennui, Ghijzelings joint une évocation envoûtante des traditions de ce peuple de grands voyageurs de la mer. Qui partit ainsi à la conquête, à 4 000 km de là, de l’archipel d’Hawaï, où l’île de Maui porte toujours son nom…

Pour nous faire pénétrer Au cœur de l’océan, mon pays, la cinéaste a surtout recours à une très belle voix off. Coécrite avec la poétesse tahitienne Flora Devatine (qui dit également le texte), celle-ci s’inspire d’écrits des auteurs tahitiens Chantal Spitz et Duro Raapoto pour apporter un contrepoint poétique et évocateur aux images qui, elles, décrivent une triste réalité…H. H.

A Flagey jusqu’au 7 avril.

Ma’ohi Nui Au cœur de l’océan, mon pays Documentaire onirique De Annick Ghijzelings Scénario Annick Ghijzelings Durée 1 h 53.

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