Le retour très surprenant du héros culte de Rice Burroughs.

Vivant désormais dans son manoir anglais avec Jane Clayton, Lord Greystoke (Alexander Skarsgård) est invité par sa majesté Léopold II à visiter le Congo pour témoigner des bienfaits de la civilisation apportés à l’Afrique par le roi des Belges, propriétaire du bassin du Congo depuis la conférence de Berlin de 1886. Sauf qu’il y a un loup… Cette invitation est en fait un traquenard imaginé par le représentant de Léopold au Congo Léon Rom (Christoph Waltz). Pour renflouer les caisses vides du roi, l’infâme émissaire est bien décidé, en échange de somptueux diamants, à livrer Tarzan à son ennemi juré, le chef d’une tribu sauvage… Accompagné de Jane (Margot Robbie) et de George Washington Williams (Samuel L. Jackson), représentant du président américain, Greystoke retrouve son Afrique natale. Pour redevenir Tarzan ?

C’est peu dire que ce nouveau "Tarzan" surprend. En choisissant de reléguer au second plan l’histoire du bébé blanc élevé par des grands singes (traitée en flash-back), le film s’écarte de l’imagerie hollywoodienne populaire, pour renouer avec l’intention de départ d’Edgar Rice Burroughs quand il publie en 1912 le premier des 26 volumes consacrés à son personnage mythique. L’auteur anglais a en effet toujours dénoncé le sous-texte colonialiste des adaptations qui en ont été proposées au grand écran.

Et c’est bien la dénonciation de la colonisation belge qui est au cœur de ce nouveau "Tarzan" (le 47e !), qui convoque de façon surprenante des personnages historiques comme Léon Rom (qui aurait inspiré le fameux Kurtz d’"Au cœur des ténèbres" de Joseph Conrad) ou George Washington Williams. De quoi donner un côté plutôt sérieux à cette relecture. Malgré ce sous-texte politique fort (où il est également question du génocide des Indiens d’Amérique), "La Légende de Tarzan" reste ceci dit le film à grand spectacle attendu, avec gorilles déchaînés, lions aux dents acérées, trains lancés à toute vapeur et bien entendu un héros qui se balance aux lianes.

A la barre de ce blockbuster, on retrouve un habitué du genre, David Yates, l’auteur des quatre derniers épisodes de la saga "Harry Potter" (et qui a terminé le tournage de son spin-off "Les Animaux fantastiques"). L’Anglais remplit parfaitement le contrat grâce à une mise en scène très efficace. Mais aussi à un humour qui colle parfaitement à la naïveté de l’univers daté de Rice Burroughs, jouant notamment avec les attentes du spectateur. Il faut ainsi attendre près d’une heure vingt pour entendre enfin Tarzan pousser son fameux cri.

Tous muscles dehors, c’est Alexander Skarsgård qui reprend le rôle de Tarzan, après Johnny Weissmuller, Lex Barker ou Christopher Lambert. Tout juste sorti de la série vampirique "True Blood" (auquel le film fait d’ailleurs un clin d’œil savoureux), le Suédois est plutôt à l’aise dans le rôle de l’ancien enfant sauvage. Fusil en mains, Samuel L. Jackson semble, lui, sortir d’un western de Tarantino. Tandis qu’à son habitude, Christoph Walz ne fait pas dans la dentelle pour camper le cruel Léon Rom…


© IPM
 Réalisation : David Yates. Scénario : Adam Cozad & Craig Brewer. Avec Alexander Skarsgård, Christoph Waltz, Margot Robbie, Samuel L. Jackson… 1 h 49.