Le Palestinien Sameh Zoabi relit Cyrano de Bergerac sur fond de conflit israélo-palestinien. Irrésistible.

Tel Aviv on Fire Comédie politique De Sameh Zoabi Scénario Dan Kleinman & Sameh Zoabi Photographie Laurent Brunet Avec Kais Nashef, Yaniv Biton, Lubna Azabal, Nadim Sawalha… Durée 1h37.

A trente ans, Salam (Kais Nashef) est un jeune Palestinien paisible. Habitant à Jérusalem, il est engagé comme stagiaire sur le tournage de Tel Aviv on Fire. Produite par son oncle, cette série palestinienne met en scène, en 1967 à Paris, à quelques semaines de la guerre des Six-Jours, les aventures politico-amoureuses de Salma (Lubna Azabal). Espionne palestinienne, celle-ci intrigue dans l’ombre contre "l’envahisseur sioniste", dans l’espoir de pouvoir se marier un jour à Jérusalem avec son compagnon de lutte Marwan, l’amour de sa vie. Sauf que la belle militante est tombée dans l’œil de son patron, le général israélien Yehuda, qui la prend pour une juive, Rachel…

Pour rejoindre les studios à Ramallah, Salam doit passer tous les matins un checkpoint particulièrement pointilleux. Pour gagner la confiance du commandant Assi (Yaniv Biton), le jeune homme décide de s’auto-promouvoir scénariste de Tel Aviv on Fire. Populaire des deux côtés du mur, la sitcom est en effet suivie avec assiduité par l’épouse du militaire. Sympathisant avec Salam, Assi lui donne quelques conseils, d’abord quelques subtilités linguistiques dans les dialogues en hébreu. Mais bientôt, il utilise son propre vécu de militaire pour nourrir le personnage du général Yehuda. Et pour faire évoluer le soap palestinien dans le sens qui lui convient. Pour que la belle Salma choisisse le haut gradé romantique israélien plutôt que son beau combattant palestinien…


La comédie pour aborder un sujet grave

S’ouvrant sur une scène 100 % kitsch du feuilleton Tel Aviv on Fire, le troisième film de Sameh Zoabi plonge d’emblée le spectateur dans le bain d’une farce burlesque. Mais le cinéaste palestinien utilise ici les ressorts de la comédie (avec quiproquos et rebondissements à gogo, personnages bien typés…) pour mettre en scène les relations tendues, bien réelles celles-là, entre Israéliens et Palestiniens. Séparés par une frontière, un mur, des haines historiques recuites et pourtant si proches dans leur amour des sitcoms à l’eau-de-rose ou du houmous - c’est évidemment le palestinien le meilleur, reconnaît Assi, qui en réclame toujours plus à Salam…

Relisant avec humour Cyrano de Bergerac - avec ce commandant israélien chuchotant à l’oreille du jeune scénariste ce qu’il doit écrire pour que la belle espionne palestinienne succombe au charme du général hébreu -, Zoabi accouche d’une comédie irrésistible, qui se moque avec la même liberté des deux camps. Même si le réalisateur ne masque jamais qu’il y a quand même des oppresseurs et des opprimés.

Rire noir et cruel

Qu’on ne s’y trompe pas en effet, Tel Aviv on Fire a beau être très drôle, Zoabi pratique un humour très politique pour décrire l’absurdité d’un conflit israélo-palestinien sans issue. Derrière ces histoires d’amour compliquées d’une Palestinienne partagée entre Palestine et Israël, ne se cache-t-il pas, comme le dit l’un des personnages, la même illusion d’une paix possible qu’ont pu faire planer les Accords d’Oslo en 1994. Car chez Zoabi, le rire est aussi noir et cruel…