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Cinéma

"Terre battue": sport et travail, même combat

Entretien>Hubert Heyrendt

Publié le - Mis à jour le

Ce soir, le 29e Festival du film francophone de Namur révélera son Bayard d’or 2014. Avant de proposer, en clôture, "Terre battue", premier long métrage du Français Stéphane Demoustier. Un film presque belge puisque le Wallon Olivier Gourmet et le Flamand Sam Louwyck partagent l’affiche avec Valeria Bruni-Tedeschi, tandis qu’il est coproduit par les frères Dardenne. "En termes de mise en scène, c’est une référence. Chez eux, tout paraît tellement simple que cela en devient exceptionnel" , s’émerveillait le réalisateur de 37 ans il y a quelques semaines à la Mostra de Venise, où son film était présenté à la Semaine de la Critique. "Terre battue" s’ouvre d’ailleurs sur un plan-séquence suivant Gourmet de dos qui fait inévitablement penser au "Fils"… "Quand ils ont vu le film, ils m’ont dit : Tu commences très très fort !" , plaisante le frère de la jeune comédienne Anaïs Demoustier.

Accents biographiques

Dans "Terre battue", Gourmet incarne un cadre lourdé par sa direction. Battant, il est bien décidé à quitter le chômage en ouvrant son propre magasin de chaussures. Mais c’est plus difficile que prévu, tandis que son couple bat de l’aile. Et guère de temps pour s’occuper de son fils, jeune tennisman prometteur qui tente de décrocher une bourse sport-études.

Enfant, Stéphane Demoustier a été un jeune espoir régional du tennis français, tandis que son père travaillait lui aussi dans la distribution… "Il y a quelque chose de biographique dans les motifs que vit cet enfant, ce rapport à la compétition, cette intensité, cet engagement qu’il met dans le tennis, cette pression qu’il endosse , reconnaît-il. Ce sont des choses que j’ai vécues, parfois douloureusement, parfois joyeusement. J’avais besoin de les raconter. Pour cela, j’ai puisé dans ce que je connaissais. J’ai tourné dans la même maison que celle où j’ai grandi, dans le même quartier. J’aurais probablement pu tourner ailleurs mais j’avais l’impression que c’était là que j’étais en phase avec mon histoire, que j’étais en confiance. Dans un premier film, on cherche à toucher une certaine vérité. C’est là que je pouvais y parvenir…"

Pour préparer "Terre battue", Demoustier a réalisé un documentaire consacré aux jeunes champions de tennis français, un milieu qu’il connaît de l’intérieur et qui a servi d’étincelle à ce film. "L’inspiration vient d’un fait divers qui a eu un certain retentissement en France il y a sept ou huit ans : un père donnait des somnifères aux adversaires de ses enfants pour que ceux-ci gagnent au tennis. Un jour, l’un des adversaires de son fils est mort… On a découvert qu’il faisait la même chose avec sa fille, qui était l’une des meilleures Françaises dans sa catégorie. Quand j’ai découvert ce fait divers, cela m’a forcément interpellé à cause du monde du tennis. Mais aussi pour ce qu’il racontait au-delà. Je trouvais que c’était vraiment un miroir de notre société et de l’exigence de réussite permanente."

Compétition acharnée

"Terre battue" n’est ceci dit pas une transposition au grand écran de ce fait divers. Ici, dépassé par sa propre chute, le père ne met aucune pression sur les épaules de son fils pour qu’il devienne le meilleur. La pression vient d’ailleurs. "Il est baigné dans un univers de la performance. Les déboires professionnels et même personnels de son père sont des exemples d’échecs dont il est témoin et qui le font réagir , explique Stéphane Demoustier. On est dans une société où l’on attend de chacun la réussite. Même à 11 ans, cet enfant a intégré cela. C’est diffus, omniprésent."

Avec parfois quelques maladresses, "Terre battue" fait en effet sans cesse le parallèle entre le monde du sport et celui du travail, tous deux irrigués par une même idéologie de la réussite à tout prix. Quitte à marcher sur les autres. "Je pense qu’il y a de vraies rimes entre ces deux mondes. Cela illustre bien un état de la société, cette espèce de course à la performance et à la réussite. C’est la même idéologie. Le sport de haut niveau, c’est vraiment du struggle for life exacerbé et le monde libéral aussi. Ceci dit, c’est une logique qui n’est pas que négative; elle peut aussi être aussi stimulante. Mais elle est destructrice dans certains cas. Cela m’intéressait de montrer à quel moment cela se dérègle."

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