The Barefoot Emperor reprend exactement là où s’arrêtait The King of the Belgians en 2016. Après avoir réussi à traverser les Balkans depuis Istanbul pour tenter de rejoindre la Belgique, désormais séparée en deux États suite à la déclaration d’indépendance de la Wallonie, le roi Nicolas III (Peter Van den Begin) est attendu par l’armée belge à Sarajevo. On est le 28 juin et s’y joue une reconstitution de l’assassinat, en 1914, de l’archiduc François-Ferdinand, qui mena à la flambée de l’Europe. Dans la confusion, le Roi est touché par une balle !

Toujours entouré de son chef de cabinet (Bruno Georis), de son valet (Titus De Voogdt) et de son attachée de presse (Lucie Debay), le Roi se réveille sur une île croate, dans un sanatorium dirigé par un médecin allemand autoritaire, le Dr Kroll (Udo Kier). Dans cette ancienne résidence d’été de Tito, chacun porte le nom des prestigieux invités qui se sont succédé chez l’ancien chef d’État yougoslave. Ici, Nicolas s’appelle donc Brejnev et découvre que, non seulement son pays n’existe plus, mais que, dans la foulée, l’Europe a tout simplement explosé. On annonce d’ailleurs l’arrivée sur l’île du futur empereur d’une "Europa Nova" basée sur la Nation…


Démonstration trop appuyée

En 2016, le Flamand Peter Brosens et l’Américaine Jessica Woodworth avaient surpris en changeant radicalement de style. Après une série de films visuellement très ambitieux et à la portée poétique, voire ésotérique ( Khadak , Altiplano et La cinquième saison ), ils s’essayaient à la comédie avec The King of the Belgians . Et avec pas mal de réussite. Satire plutôt tendre de l’absurdité de la politique belge, le film mettait en scène un roi sans royaume, ballotté d’un pays à l’autre au fin fond des Balkans. Avec The Barefoot Emperor , le duo poursuit dans la même lignée d’une comédie burlesque. Mais, abandonnant le principe du faux documentaire, ils tentent cette fois d’élargir le spectre à l’Europe entière, menacée d’effondrement face à la montée des populismes.

Le propos est ambitieux et l’idée de départ - celle d’un huis clos dans l’ancienne résidence d’été de Tito - est bonne. Malheureusement, le film se fait cette fois beaucoup plus démonstratif dans sa métaphore. Brosens et Woodworth sont tellement concentrés sur leur envie de dénoncer la dérive d’une Europe au bord du gouffre qu’ils en délaissent leurs personnages. Si ce roi retrouvant une forme de liberté dans The King of the Belgians était vivant, empli d’humanité, il semble cette fois une simple coquille vide, un pion. Il n’est pas seulement la marionnette de forces nationalistes obscures, mais aussi celle des cinéastes… Pareil pour les personnages d’Udo Kier et de Géraldine Chaplin, réduits à de telles caricatures qu’on souffre pour eux.

Dommage que la démonstration soit à ce point appuyée car, sur le fond, dénonçant le retour du fascisme en Europe The Barefoot Emperor est diablement intéressant. Mais ça ne suffit pas pour faire un bon film…

The Barefoot Emperor Comédie burlesque Scénario & réalisation Peter Brosens & Jessica Woodwoth Avec Peter Van den Begin, Lucie Debay, Udo Kier, Geraldine Chaplin, Titus De Voogdt… Durée 1h38.

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