Un premier film indépendant en hommage à la BD underground. Cool !

Dans le San Francisco post-hippie de 1976, Minnie est une jeune fille de 15 ans heureuse. Si elle se promène en sautillant dans les rues, c’est que quelque chose a changé : aujourd’hui, elle a fait l’amour pour la première fois ! Pour inaugurer sa vie d’adulte, elle débute un journal intime, enregistré sur son magnétophone. Les yeux pleins d’amour, elle ne voit pas le sordide de la situation. L’heureux élu n’est autre en effet que… le petit ami de sa mère, Monroe, de dix ans son aîné. Mais la jeune fille s’en fiche. Pas des plus gracieuse, elle est ravie qu’un garçon s’intéresse à elle !

En 2002, l’illustratrice américaine Phoebe Gloeckner publiait un étrange objet, "The Diary of a Teenage Girl : An Account in Words and Pictures", mêlant prose et passages en bande dessinée pour raconter, en toute liberté et de façon très crue, son adolescence dans le San Francisco des années 70. C’est ce récit qu’a choisi de porter à l’écran la comédienne américaine Marielle Heller, qui signe ici un premier film réjouissant, dans l’exacte lignée de l’"American Splendor" de Shari Springer Berman et Robert Pulcini en 2003, d’après le grand Robert Crumb. Cette communauté d’esprit n’a rien d’étonnant puisque dans son "Journal", Gloeckner rendait hommage à celle qui l’inspira dans son choix de devenir dessinatrice : Aline Kominsky, la femme de Crumb.

Que ce soit thématiquement ou graphiquement, le travail de Gloeckner s’inscrit en effet parfaitement dans la ligne de la bande dessinée underground américaine. De la même manière que l’adaptation qu’en propose Marielle Heller est emblématique d’une certaine forme de cinéma indépendant américain. Un cinéma audacieux dans sa façon très frontale d’aborder la sexualité naissante d’une adolescente.

Habillant habilement le film d’éléments d’animation inspirés du trait de Gloeckner, "The Diary of a Teenage Girl" est une adaptation très fidèle, qui retrouve l’esprit comics tout en se faisant moins cru. Tandis qu’Heller a trouvé en Bel Powley la comédienne idéale pour incarner, sans complexe, cette jeune fille ingrate aux tendances nymphomanes. Découverte à la télévision, la jeune actrice anglaise crève l’écran ! Rien d’étonnant qu’on la revoie prochainement à l’affiche de six films… Face à elle, Kristen Wiig ("Saturday Night Live", "The Secret Life of Walter Mitty") joue les mères à l’Ouest et Alexander Skarsgård ("True Blood", "Melancholia") les beaux-pères sans scrupule…


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 Scénario réalisation : Marielle Heller (d’après le roman de Phoebe Gloeckner). Photographie : Brandon Trost. Musique : Nate Heller. Montage : Marie-Hélène Dozo et Koen Timmerman. Avec Bel Powley, Alexander Skarsgård, Kristen Wiig, Madeleine Waters… 1h42