Nicolas Winding Refn livre sa version de "A Top Model is Born". A feuilleter sur écran glacé.

C’est une poupée qui fait néon néon néon. Toute la journée, elle fait néon, néon, néon. Air connu et variation sur un film connu, celui d’une adolescente qui monte à la grande ville pour devenir une star, Nicolas Winding Refn ("Drive") livre sa version de "A Top Model is Born".

On découvre la gamine couverte de faux sang après un shooting un peu gore destiné au book qui doit lui ouvrir les portes d’une grande agence de pub de Los Angeles. Elle est engagée sur le champ car on la trouve spéciale. Mais encore ? Eh bien, elle n’a pas encore 18 ans et elle a toujours son vrai nez, ses vrais seins. Autrement dit, elle est belle. Alors que ses collègues, les vieilles de 20-21 ans, elles sont bien. Entendez, toutes les pièces ne sont plus d’origine.

S’il y a quelque chose à retenir du clip géant de NWR - comme on dit LVMH-, c’est bien ce distinguo qu’il établit entre une fille belle et une fille bien.

D’un côté, elle est belle, elle est naturelle, elle est appétissante, on la mangerait. Et de l’autre, elle est bien, elle est botoxée et en cas de collision frontale et fatale avec son miroir, les pompes funèbres n’auront rien à faire. Ça tient tout seul.

C’est d’ailleurs une maquilleuse de top models, à mi-temps, et de cadavres, l’autre mi-temps, qui tient le rôle trouble dans ce film du réalisateur de pubs pour Gucci, YSL, H&M et Hennessy.

Ce film ? Justement, ça se discute. Pour ce qui est du niveau sonore, c’est ambiance Tomorrowland et pour ce qui est des images, le pauvre Danois ne doit plus avoir de langue tellement il les a léchées.

Dès lors, l’impression générale que procure "The Neon Demon" relève moins de la vision d’un long métrage que du feuilletage d’un magazine haut de gamme - comme on dit hauts talons - sur écran glacé. Entre les tunnels de pubs porno chic, on trouve quelques sujets : les coulisses du fashion business (qui couche avec qui ?), le portrait d’un photographe de mode caractériel, les appartements vintage de L.A. ou 24h dans la vie d’une lesbienne nécrophile.

Mais bon, feuilleter un magazine durant 117 minutes, ca finit par vous transformer une salle de cinéma en salle d’attente.


© IPM
 Réalisation & scénario (?) : Nicolas Winding Refn. Musique : Cliff Martinez. Avec Elle Fanning, Jena Malone… 1h 57.