Une variation sur "Le Lauréat", Simon et Garfunkel compris

Mauvaise journée ?

- Oui.

- Comment s’appelle-t-elle ?

Joli, ce dialogue qui amorce, devant la rangée de boîtes aux lettres, la rencontre du jeune Thomas et d’un nouveau locataire énigmatique.

Thomas est très amoureux mais sa Mimi ne veut pas dépasser le stade meilleur ami car elle a déjà un petit ami. "Elle a peur" en conclut notre voisin et de lui expliquer que la solution pour évacuer cette peur, est d’en créer une autre. Comme celle d’une vie sans lui, par exemple ?

Comment faire ?

Faire confiance à la vie, l’assure son voisin.

Comment Thomas pourrait-il en attendre de la vie, la sienne est tellement ennuyeuse ? Son papa est un riche éditeur; depuis toujours, il vit le cul dans le beurre. Pourtant un soir, il aperçoit son paternel en élégante compagnie. Sa mère, fragile et dépressive, est donc en danger. Va-t-il regretter sa vie ennuyeuse en essayant de convaincre cette femme de rompre avec son père ?

Possible car il est monté dans le Tornado et les émotions sont d’autant plus fortes qu’il ignore où cela mène et quand il va s’arrêter. Le cadre, en revanche, est familier, celui du film indépendant bobo new-yorlais. Les appartements ont du cachet, les femmes sont classieuses, les dialogues bien troussés. Et on se demande si ce voisin, tellement doué pour percer l’âme humaine, n’est pas un être imaginaire, sorte de conscience littéraire avec laquelle Thomas entretiendrait une conversation intérieure.

L’auteur a de l’imagination pour balader le spectateur, le dialoguiste de l’élégance pour croquer ses personnages - un homme semblable à un lit défait ! -, l’ouvrage interpelle le spectateur avec des questions de fond. Pourtant, on ne peut se défaire d’une sensation de superficialité, d’exercice nostalgique de style sur le thème du "Lauréat" et de Mrs Robinson, Simon et Garfunkel compris. "The Only Living Boy in New York" est une chanson de leur album "Bridge over troubled water".

Après quelques Superman, Marc Webb revient ici à son cinéma d’auteur, mais en chemin, il a perdu la grâce de son mémorable "500 Days".


© IPM
Réalisation : Marc Webb. Scénario : Allan Loeb. Avec Kate Beckinsale, Callum Turner… 1 h 28.