Afghanistan, province du Nuristan, 2006. Installé au fond d’une aride vallée afghane, à quelques kilomètres de la frontière pakistanaise, un avant-poste de l’armée américaine accueille une cinquantaine de soldats, officiellement chargés de dénicher les Taliban parmi la population locale et de faire pleuvoir sur les aînés du village des liasses de dollars pour déveloper routes, écoles… Alors que les échauffourées avec d’invisibles ennemis cachés dans les montagnes alentour sont quotidiennes, les soldats, placés sous le commandement du lieutenant Keating (Orlando Bloom), trompent la mort en attendant la relève…

Le nouvel héroïsme

Basé sur l’ouvrage The Outpost : An Untold Story of American Valor , publié en 2012 par le journaliste Jake Tapper, The Outpost retrace la genèse de la bataille de Kamdesh du 3 octobre 2009, un épisode de l’opération "Enduring Freedom", menée par l’armée américaine en Afghanistan au lendemain des attentats du 11 Septembre 2001, sous le prétexte de lutte contre le terrorisme.

Face à un tel projet, on peut évidemment craindre le pire, le délire hollywoodien classique autour de l’héroïsme des Boys sur le champ de bataille. C’est heureusement un peu plus complexe que cela. Même si le générique final sous forme de tableau d’honneur (avec la ribambelle de décorations qui ont récompensé les combattants, dont on découvre le vrai visage) joue clairement la carte du patriotisme exacerbé.

Ce qui sauve le film, c’est sa mise en scène. Cinéaste israélien ayant fait carrière à Hollywood - ses deux derniers films étaient Le Prix du silence en 2008 et Chiens de paille , remake du classique de Sam Peckinpah en 2011 -, Rod Lurie est un bon faiseur. Il signe ici le film de guerre attendu, débordant d’action et de testostérone. Mais il s’attache aussi à décrire la vie de ces jeunes soldats en dehors des combats. Où l’on prend conscience de l’absurdité de cette guerre en Afghanistan, dont les acteurs ne savent pas vraiment ce qu’ils font là, ni pour quoi ils se battent. Sinon pour le drapeau.

Description minutieuse

Comme Jake Tapper, Lurie se pose par moments en quasi journaliste, en observateur froid, détaillant avec une minutie quasi maniaque les différents lieux de la base, mais aussi ces dizaines d’hommes, dont ne ressort aucune figure particulière - dans l’idée que tous sont des héros… Tandis que, dans les scènes de bataille, le cinéaste opte pour une mise en scène en totale immersion auprès des combattants, souvent en vue subjective, en se servant beaucoup du matériel militaire (les viseurs des armes, les fenêtres de véhicules…).

Si le film, comme le livre, se montre critique envers les décisions du commandement militaire américain, cela ne l’empêche pas de verser dans un manichéisme dérangeant lorsqu’il s’agit de décrire les Taliban, les populations locales, mais surtout les combattants afghans intégrés à l’armée américaine, tournés carrément en dérision, voire traités avec mépris, comme des lâches fuyant le combat ou - tout un symbole - se cachant dans les chiottes…

On l’a compris, on est loin ici des grands films de guerre du Nouvel Hollywood qui, d’ Apocalypse Now à Voyage au bout de l’enfer , proposaient une réflexion métaphysique sur la guerre et la violence. S’inscrivant plutôt dans la lignée de Démineurs de Kathryn Bigelow en 2008, The Outpost relit le patriotisme hollywoodien de façon plus distanciée, plus factuelle, tout en restant dans l’héroïsation de la figure du soldat. À ce titre, le film marque le passage de relais à une nouvelle génération de héros hollywoodiens, celle des héritiers. Le casting aligne ainsi Scott Eastwood (le fils de Clint), Milo Gibson (le fils de Mel), James Jagger (le fils de Mike) ou encore Will Attenborough (le fils de Michael et petit-fils de Richard). Une dimension filiale accentuée par la dédicace du film à Hunter Lurie, le fils du réalisateur, mort en 2018 d’une crise cardiaque.

The Outpost Film de guerre De Rod Lurie Scénario Eric Johnson & Paul Tamasy Avec Orlando Bloom, Scott Eastwood, Milo Gibson, Will Attenborough, Calbe Landry Jones… Durée 2h03

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