Considéré comme le chef-d’œuvre de Charles Dickens, David Copperfield exerce toujours, 170 ans après sa publication, sa fascination sur le monde anglo-saxon. On ne compte plus en effet ses adaptations au cinéma ou en séries télé, tandis que le personnage continue d’irriguer la culture populaire.

Casting décalé

Fort du succès de La Mort de Staline en 2017 - irrésistible comédie sur la succession mouvementée du Petit père des peuples -, Armando Iannucci s’offre, en guise de quatrième long métrage, une adaptation très audacieuse du classique anglais. Tout en restant assez fidèle à la trame de Dickens, il change la tonalité mélodramatique pour une comédie dramatique plus actuelle.

Cette modernisation passe aussi chez Iannucci par un casting en rupture totale avec toute forme de naturalisme. Le rôle de David Copperfield, petit orphelin anglais des rues de Londres, est ainsi confié à Dev Patel, acteur britannique d’origine indienne révélé en 2008 dans Slumdog Millionnaire. Tandis qu’aux côtés de Tilda Swinton et Hugh Laurie, on croise des seconds rôles campés par des comédiens issus de la diversité. Une pratique courante en Grande-Bretagne, qui permet à l’adaptation de s’inscrire pleinement dans son époque. Et ce sans renoncer au grand soin apporté, comme dans toute production britannique digne de ce nom, à la reconstitution historique, grâce à des décors et des costumes raffinés.

Du mélo à la comédie

On reste, ceci dit, un peu sur sa faim face à cette volonté de faire rire à tout prix. Ainsi, les passages les plus durs, les plus crus de la vie de Copperfield - qui forment le cœur et la partie la plus autobiographique du roman de Dickens - sont-ils expédiés très rapidement.

Visiblement mal à l’aise avec le mélo, Iannucci préfère en effet se focaliser sur les moments de bonheur du héros, aux côtés d’une galerie de personnages très haut en couleur. Autant de figures comiques, parfois grotesques, qui développent un humour là encore plutôt anachronique. Si l’ironie mordante marchait à plein s’agissant de moquer la nomenklatura soviétique dans La Mort de Staline, elle paraît cette fois un peu hors propos. Du jeune orphelin ballotté par les duretés de la vie dans l’Angleterre de la moitié du XIXe siècle, devant se battre pour mener à bien son existence, ne reste qu’un David Copperfield pantin de son destin, subissant plus qu’agissant.

De façon plus intéressante, Iannucci souligne surtout l’ambition littéraire du héros, qui s’inspire de chaque moment de sa vie, de chacun des personnages qu’il a rencontrés, bons ou mauvais, pour écrire, en la romançant, son autobiographie. Un peu comme l’a fait Dickens lui-même avec son "fils préféré", comme il nommait Copperfield.

The Personal History of David Copperfield Comédie mélodramatique De Armando Iannucci Scénario Armando Iannucci et Simon Blackwell (d’après le roman de Charles Dickens) Avec Dev Patel, Hugh Laurie, Tilda Swinton, Ben Whishaw… Durée 1h58.

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