Cinéma

En 1872, à Londres, William Chester Minor, ancien médecin de l’US Army, traumatisé durant la Guerre de Sécession, tue dans une crise de folie un père de famille. Il est interné à l’asile de Broadmoor où son origine éduquée retient l’attention du directeur.

A la même période, le lexicographe et philologue écossais James Murray est engagé pour rédiger le nouvel Oxford English Dictionary (OED). L’Empire britannique est au sommet de son expansion. Sa langue est parlée partout dans le monde et évolue au contact des autres, dans ses colonies. Il faut étudier les néologismes et favoriser la diffusion de l’anglais. Non scolarisé à partir de l’âge de 14 ans, mais autodidacte érudit et polyglote, Murray y voit un grand œuvre - qui l’occupera jusqu’à sa mort en 1915 (il s’arrêtera à la lettre T).

Pour réussir cette tâche titanesque et intégrer toutes les réalités d’une langue vivante, Murray en appelle aux contributions volontaires. Ce qui conduit à la rencontre du professeur et du fou. De ces faits authentiques, Simon Winchester a tiré en 1998 un roman, dont ce film est l’adaptation plombée par l’inexpérience du réalisateur Farhad Safinia. Evincé suite à des différends avec la production, il est crédité sous le pseudonyme de PB Sherman.


Choix improbable pour jouer un professeur oxfordien d’origine écossaise, Mel Gibson s’intéresse à ce projet de longue date. Sa notoriété, ainsi que celle de Sean Penn, ont permis de financer ce récit oblique de la rédaction complexe de l’OED.

L’histoire de cette odyssée lexicale est, a priori, passionnante. Mais le scénario souffre d’une mélodramatisation excessive, surtout dans le dernier tiers, où les retournements de fortune, figure imposée du troisième acte, s’enchaînent sans nuance. Ajoutons aussi quelques incohérences chronologiques : Penn/Minor est le seul à vieillir à l’écran - contraste flagrant avec les enfants de sa victime ou de Murray, figés dans le formol.

Ode indirecte à la langue (anglaise, mais en général, aussi) et au pouvoir salvateur des lettres, cette quête de rédemption a manifestement motivé les deux acteurs principaux qui se sont égarés ces dernières années - objectif rencontré contre toute attente par Gibson. Hormis son accent écossais un brin appuyé, il compose un Murray attachant, tout en sobriété et sagesse. A contrario, Penn est souvent dans l’excès dans l’expression de la folie et de la fébrilité, au seuil du cabotinage. Steve Coogan, dans un troisième rôle discret, vole chaque scène où il apparaît par la sobriété de sa technique et l’intelligence de son jeu (wit est un mot absent du dictionnaire de ses partenaires américains).

The Professor and the Madman Drame historique. De PB Sherman (alias Farhad Safinia). Scénario John Boorman, Todd Komarnicki et Farhad Safinia (d’après Le fou et le professeur de Simon Winchester). Avec Mel Gibson, Sean Penn, Natalie Dormer… Durée 2h04.