Cinéma Quand la mémoire est d’humeur romanesque - à la Julian Barnes - en se souvenant du premier amour. Avec un Jim Broadbent au top.

C’est comme glisser ses épaules dans un costume taillé à Saville row ou glisser ses pieds dans des church’s; c’est confortable, c’est classe. On sait exactement à quoi s’attendre, on n’est pas déçu, c’est vintage, c’est indémodable, de première qualité, de finition irréprochable. Mais, on the other hand, c’est pas très original.

Un top de cette qualité british, c’est Jim Broadbent. Un Jim Broadbent, ça se marie avec tout, absolument tout. Avec la comédie (il est le père de Bridget Jones), avec le blockbuster (il est le professeur d’Indiana Jones). Ça se porte avec du Woody Allen (Coup de feu sur Broadway) comme avec du Scorsese (Gangs of New York). Ça en jette dans une comédie musicale (Moulin rouge) comme dans un biopic (il est Monsieur Thatcher). C’est un monument british, il figure dans Harry Potter (Horace Slughorn, professeur de potions à Poudlard, directeur de Serpentard).

Mais sa spécialité, c’est le film d’auteur anglais. Là, Jim Broadbent offre toutes les couleurs, toutes les nuances notamment dans "Un week-end à Paris" de Roger Michell, et même toutes les saisons dans "Another Year" de Mike Leigh. La quintessence du jeu made in Britain.

C’est précisément ce que lui a demandé Ritesh Batra : le grand jeu. Quel grand jeu ? Hé bien celui du sexagénaire, retraité mais toujours actif, quoique bloqué au XXe siècle - il écrit encore des lettres. Il est plus centré sur lui-même depuis qu’il est divorcé et seul, mais il est capable d’accompagner sa fille enceinte aux séances gym prénatale. Son tempérament impatient et atrabilaire est contenu par sa bonne éducation.

Le réalisateur de "The Lunchbox" savait qu’il lui faudrait un tout grand Broadbent pour tenir l’intérêt du spectateur avec ce souvenir du premier amour qui revient comme un boomerang romanesque, des dizaines d’années plus tard.

Le scénario a beau être l’adaptation d’un roman de Julian Barnes, il n’y a pas de quoi tenir près de deux heures sans une toute grande performance d’acteur et quelques seconds rôles bien calibrés. Comme l’immense Charlotte Rampling, qu’on attend plus d’une heure - du teasing ? Ou la tout aussi immense - pour les amateurs de théâtre - Harriet Walter. Ou encore Freya Mavor, toujours fourrée dans une voiture mais sans lunettes, ni fusil, cette fois.

Le réalisateur de "The Lunchbox" exploite aussi une jolie idée de mise en scène, mélangeant passé et présent dans le couloir d’une maison qui devient celui du temps.

Au bout du compte, exactement le film auquel on pouvait s’attendre avec toutes ses qualités et sa petite frustration.


Réalisation : Ritesh Batra. Scénario : Nick Payne d’après l’œuvre de Julian Barnes. Avec Jim Broadbent, Charlotte Rampling, Michelle Dockery, Harriet Walter, Emily Mortimer… 1 h 48