Couple fusionnel, Ruben (Riz Ahmed) et Lou (Olivia Cooke) parcourent les routes des États-Unis dans leur van, allant d’un concert à l’autre. Respectivement batteur et chanteuse du groupe de métal Blackgammon, ils apprécient cette vie d’errance. Mais ils sont forcés de garer leur maison roulante quand le jeune homme, tatoué et aux cheveux blancs peroxydés, perd soudainement l’audition. D’après l’ORL qu’il consulte en urgence, la perte d’audition est irréversible et le jeune homme doit absolument se tenir à l’écart des environnements bruyants... et donc de la musique. La seule lueur d’espoir ? Le placement d’implants cochléaires, mais qui coûtent une fortune (entre 40 et 80000 $) et ne sont pas remboursés par l’assurance santé… Alors que Ruben est sous le point de céder à ses vieux démons (l’héroïne), sa compagne le force à rejoindre un centre de désintoxication pour sourds. Là, seul, il doit faire un choix : apprende la langue des signes et accepter sa surdité ou tenter de réunir la somme nécessaire à une opération…


Un scénario qui sonne juste

Coscénariste de The Place Beyond the Pines de Derek Cianfrance en 2012, Darius Marder signe un premier long métrage très fort, tourné en partie en Belgique (grâce à une coproduction avec Caviar). Un premier film dont l’idée remonte justement à l’époque de cette collaboration, quand Cianfrance (revu, depuis, avec The Light Between the Oceans en 2016 et la récente série HBO I Know This Much is True), ancien batteur, s’est découvert des bourdonnements dans les oreilles alors qu’il réalisait un documentaire sur un groupe de métal… L’idée a germé dans la tête de Marder, qui a finalement coécrit le scénario de Sound of Metal avec son frère Abraham, lui-même musicien et auteur de Green, la chanson qui clôture le film. Les deux frangins se sont non seulement inspirés de l’expérience de Derek Cianfrance, mais aussi de leur propre vécu, notamment de l’addiction et de la dépression, pour créer le personnage de Ruben, campé par un excellent Riz Ahmed.

Découvert dans The Road to Guantanamo de Michael Winterbottom en 2005, revu dans Nightcrawler de Dan Gilroy, Jason Bourne de Paul Greengrass, Rogue One de Gareth Edwards ou The Brothers Sisters de Jacques Audiard, le comédien et rappeur britannique est très convaincant dans le rôle ce jeune homme en colère, se battant contre lui-même pour apprendre à être sourd, comme tente de lui faire comprendre son mentor.

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Dans les oreilles d’un sourd

Très documenté et faisant appel à d’excellents acteurs sourds (comme Lauren Ridloff) ou fluides en langue des signes (comme Paul Raci), Sound of Metal plonge le spectateur au cœur de la très riche culture sourde. Dans le centre qui accueille Ruben, on refuse ainsi de voir la surdité comme un handicap, comme un dysfonctionnement corporel à réparer ; on privilégie la langue des signes à la vocalisation et on dénonce donc l’usage, controversé, des implants.

Pour nous permettre de se mettre dans la tête du personnage, Darius Marder ne traduit par exemple pas la langue des signes au début, nous laissant aussi désamparé que Ruben lui-même avant qu’il n’apprenne à signer. Surtout, le cinéaste a particulièrement soigné la bande-son de son film. Grâce à un gros travail sur le sound design, il parvient à nous faire approcher, de façon sensorielle, le ressenti d’un sourd, quand les sons deviennent étouffés au point d’être indéchiffrables ou quand, avec les implants, ils prennent une désagrables teinte métallique. D’où le titre, à double sens, du film : Sound of Metal.

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  • Disponible dans l’abonnement Prime Video et en VOD chez Voo, Proximus, Telenet, AppleTV, GoolgePlay et Rakuten.

Sound of Metal Drame sonore De Darius Marder Scénario Darius Marder, Abraham Marder & Derek Cianfrance Musique Abraham Marder & Nicolas Becker Avec Riz Ahmed, Olivia Cooke, Mathieu Amalric, Paul Raci, Lauren Ridloff… Durée 2h

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