Yakov (Dave Davis) vient de quitter la communauté juive hassidique de Borough Park, dans laquelle il a grandi à Brooklyn. Un soir, alors qu’il sort d’un groupe de parole de jeunes juifs vivant la même expérience que lui, il est approché par son ancien ami Shulem (Menashe Lustig). Celui-ci lui propose un petit boulot pour l’aider à payer son loyer : 200 dollars pour jouer les shomers, le temps d’une nuit. Dans la tradition juive, le corps d’un défunt doit en effet être veillé jusqu’à son inhumation par un proche ou, parfois, par un shomer payé. Mais dès qu’il débarque chez Mer Litvak (Lynn Cohen), Yakov se sent mal à l’aise. La nuit auprès du cadavre de M. Litvak, un survivant de Buchenwald, s’annonce agitée…

Horreur orthodoxe

Depuis quelques années, la communauté juive orthodoxe fascine le 7e Art. Il suffit de penser à Kadosh d’Amos Gitaï en 1999, Le Cœur a ses raisons (Fill the Void) de Rama Burshtein en 2012 ou Désobéissance de Sebastián Lelio en 2018. Sans oublier la récente mini-série de Netflix Unorthodox et le formidable documentaire de Yolande Zauberman, M, Bayard d’or du Fiff de Namur en 2018.

L’intérêt pour la culture juive se fait également sentir dans le cinéma de genre. Après le polar Jewish Connection, avec Jesse Eisenberg en 2011, ou le film d’horreur The Possession d’Ole Bornedal en 2012, voici donc The Vigil, nouvelle histoire d’un affreux dibbouk (ici appelé Mazik) un démon de la mythologie juive, qui donne des sueurs froides au jeune héros du film.


Le monstre de l’antisémitisme

Premier long métrage du cinéaste américain Keith Thomas, The Vigil se nourrit de la culture juive orthodoxe pour apporter un peu de profondeur et de couleur à cette classique histoire d’esprit frappeur. Né d’une mère hassidique de Brooklyn ayant fui la communauté pour aller jouer les hippies dans le Colorado (où le réalisateur a d’ailleurs tourné son premier court Arkane, déjà un récit horrifique en 2017), Thomas réussit à nous faire peur en convoquant une imagerie à laquelle on n’est guère habitué, mais aussi par le biais d’une bande-son nourrie de cette culture (notamment à travers les psalmodies en hébreu).

A travers cette histoire de démon, Keith Thomas conçoit The Vigil comme une métaphore. L’horrible Mazik qui hante les cauchemars du héros est en effet avant tout une représentation horrifique de l’antisémitisme. L’antisémitisme auquel a survécu le défunt que doit veiller Yakov, durant la Seconde Guerre mondiale, mais aussi celui qui a personnellement frappé le jeune homme, au détour d’une rue de Brooklyn, et qui l’a poussé à remettre en question son appartenance à la communauté hassidique…

The Vigil Horreur hassidique Scénario & réalisation Keith Thomas Musique Michael Yezerski Avec Dave Davis, Menashe Lustig, Malky Goldman… Durée 1h29.

© DR

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