Quelque part au fin fond de la Tunisie, des soldats se lassent d’une lutte contre le terrorisme qui semble vaine, sans but. Un matin, un jeune appelé (Abdullah Miniawy) apprend la mort de sa mère et rentre chez lui. Mais à l’issue de sa semaine de permission, il ne réapparaît pas. Traqué par la police militaire, il s’enfonce dans une étrange forêt…

Dès le titre, Sortilège, et dès la première scène, un torrent dans la nuit noire et des visages apeurés, le spectateur est prévenu. Il va plonger dans un univers singulier. Et si le film semble dans un premier temps rejoindre les rives du naturalisme pour décrire la morne existence du déserteur, l’étrangeté reste de mise. Une étrangeté à la Camus, Ala Eddine Slim mettant en scène un personnage mutique, imperturbable, comme étranger à sa propre existence et au monde. Jusqu’à ce qu’il finisse par définitivement le quitter, dans un interminable plan séquence halluciné. Le film peut dès lors basculer vers autre chose. Avec l’arrivée d’un autre personnage, une femme enceinte (Souhir Ben Amara) qui s’ennuie, elle aussi, de son existence auprès d’un riche homme d’affaires.

Patchwork d’influences

Prix Luigi De Laurentiis du meilleur premier film à la Mostra de Venise pour The Last of Us en 2016, le cinéaste tunisien s’offre avec Sortilège une œuvre complexe, volontairement déstabilisante pour le spectateur, le film brassant les thèmes les plus variés : genre, maternité, devenir de l’homme, croyance, besoin d’évasion, migration…

Visuellement, le voyage est assez bluffant, grâce à un beau travail sur l’image, la lumière et les décors. Mais le cinéaste a beau jouer la carte du film atmosphérique, sa poésie reste franchement absconse. Et les clins d’œil au 2001 de Kubrick ou à la Genèse paraissent appuyés et hors propos. Face à un tel objet, le risque est évidemment que, si l’on ne parvient pas à se laisser emporter par la poésie, on soit inévitablement gagné par un profond ennui.

Il faut néanmoins reconnaître à Slim d’assumer ses ambitions - à mille lieues de ce que propose généralement le cinéma tunisien - et de ne rien s’interdire, ni le sublime, ni le grandiloquent, ni le ridicule…

Le film sort au cinéma Galeries à Bruxelles, dans le cadre de sa programmation "L’Heure d’hiver", consacrée cette année à Tunis. Rens. : www.galeries.be/tunis.

Sortilège / Tlamess Conte onirique De Ala Eddine Slim Scénario Ala Eddine Slim Photographie Amine Messadi Musique Mondkopf Avec Abdullah Miniawy, Souhir Ben Amara, Khaled Benaïssa… Durée 2h

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