Cinéma Un Ours d’or 2018 d’une rare complaisance.

Quand, en février 2018, par provocation, Tom Tykwer faisait triompher Touch Me Not à la Berlinale, on pouvait parier que cet Ours d’or resterait invisible… Un an plus tard, le cinéma Galeries a le courage de sortir discètement le premier long métrage d’Adina Pintilie.

Avec Touch Me Not, la cinéaste roumaine livre une œuvre d’une rare prétention. A mi-chemin entre réalité et fiction, son film prétend réfléchir sur l’intimité et l’inconfort qu’elle peut produire. Et en termes d’inconfort pour le public, difficile de faire pire que ces deux heures de corps exposés sans pudeur à l’écran. Ce que filme Pintilie, ce sont des corps littéralement "hors normes", proposés ou plutôt offerts de façon complaisante à notre regard. 


On comprend la démarche de la cinéaste roumaine : provoquer le malaise en forçant le spectateur à regarder en face cette différence. Le problème, c’est qu’elle le transforme en voyeur de son petit théâtre de la sexualité à la marge. Pas question d’érotisme dans Touch Me Not mais au contraire de se confronter à l’intimité la plus profonde, en jetant en pâture à l’écran les corps d’acteurs professionnels comme l’Anglaise Laura Benson et l’Islandais Tómas Lemarquis, mais aussi ceux de "personnages" réels qui viennent se mêler au récit. Atteint d’une très grave amyotrophie spinale qui le paralyse et le rend difforme, l’Allemand Christian Bayerlein parle sans tabou de la sexualité des handicapés. Vieux transsexuel, Hanna Hoffmann se déshabille face à la caméra pour réaliser son fantasme du peep show. Tandis que Seani Love, gourou australien du transtrisme et du BDSM, dévoile ses techniques…

La réflexion sur la représentation que l’on a de son corps et du regard que les autres posent sur lui serait intéressante dans un documentaire. Le fait d’en passer par la fiction la rend totalement déplacée. Se mettant qui plus est en scène - summum de l’indécence -, Adina Pintilie résume tout à ses petits problèmes d’Œdipe personnel et à sa relation trouble avec sa mère, qui lui apparaît nue en rêve. Plutôt que d’imposer cette interminable séance de thérapie de groupe à l’écran, on aurait préféré qu’elle entame une psychanalyse. Cela lui aurait été tout aussi profitable et nous aurait évité une expérience déplaisante…

Touch Me Not / Nu mă atinge-mă Docu-fiction amoral De Adina Pintilie Scénario Adina Pintilie Avec Laura Benson, Tómas Lemarquis… Durée 2h08.

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