Sa dernière partition pour consultance en père majeur, s’inscrit avec pertinence et légèreté dans l’air du temps. Avec les solistes Huppert, Wilson, Bacri et Bonitzer (Agathe).

Cherchez Hortense", "Rien sur Robert", "Les Petites Coupures". Rien qu’à l’énoncé des titres, on entend la petite musique de Pascal Bonitzer. Et on en veut "Encore" de cet orchestre de chambre avec des violons, des violoncelles et leurs cordes tendues. L’atmosphère est toujours mystérieuse comme il se doit au cinéma, car il faut amorcer une action, forcer les personnages à agir. Dans "Tout de suite, maintenant", ils ont chacun un agenda caché, le spectateur part à la recherche du lézard dans leurs histoires.

Après, on voit apparaître des thèmes. Il y a le thème du business, des consultants, de la finance. Une jeune fille fait son entrée dans sa nouvelle boîte dont l’architecture dépouillée mais néanmoins ostentatoire témoigne de la puissance et de la modernité. Elle se trompe de bureau. Pas grave, elle ne reste jamais longtemps au même endroit, elle monte très vite les étages.

Et puis il y a le thème de la filiation, il est récurrent chez Bonitzer, souvenez-vous de Claude Rich dans "Cherchez Hortense". Soit un père aigri, acariâtre, renfrogné, bourru, désagréable; en l’occurrence celui de la jeune femme que les patrons de la boîte de consulting ont bien connu durant leurs études. Voilà qui crée une tension, une dynamique : que savent-ils de cet homme que sa propre fille ignore ? Et vice versa.

Pour jouer ces thèmes, il faut des interprètes. Bonitzer est un père avec une oreille assez fabuleuse. Un père qui donne le beau rôle à sa fille, Agathe, celui d’une killeuse froide, qui en impose immédiatement mais avec une faille : son père précisément. Pascal Greggory et Lambert Wilson jouent à good boss, bad boss. Ils sont délectables car ils ajoutent un je-ne-sais-quoi à une partition qu’ils connaissent par cœur.

Bacri est-il toujours le meilleur pour faire du Bacri ? On a des doutes dès la première scène. Il y fait son grognon tellement mécaniquement, on se dit qu’il va falloir lui trouver un remplaçant. Mais à la dernière scène ou presque, dans un plan séquence devant l’hôpital, il est métamorphosé, sublimé face à Isabelle Huppert, émouvant comme on ne l’a jamais vu. Bacrissime. Elle est comme cela, Isabelle. Elle enflamme l’écran. Il lui suffit de quelques petites phrases balancées au millimètre. Comme des gimmick. Ça coupe le souffle.

Ce qui est bien aussi chez Bonitzer, c’est qu’on écoute même les altos. Julie Faure et Vincent Lacoste ne sont pas encore des solistes comme leurs partenaires, alors il leur donne à jouer la chair, le cœur, l’émotion. Et forcément on les entend dans cette atmosphère lisse et glacée comme la banquise.

Ce qui fait la singularité de cette petite musique de chambre, c’est aussi sa façon de faire décoller l’imagination du spectateur. Avec une petite phrase - "Réfléchir, c’est pour les faibles" ou "Je ne regrette jamais rien, c’est de la perte de temps". Avec une métaphore de l’arbre qui se sert d’un autre pour se développer avant de l’étouffer ; forcément on cherche sa plus parfaite illustration dans le récit. Avec un seul mot qu’on n’a jamais entendu, dont on ignore le sens, dont on ne se servira jamais, dont la vibration est obsédante.

Cette petite musique, parfois elle passe, parfois elle coince. Cette fois, on en redemande, tout de suite maintenant.


© IPM
 Réalisation : Pascal Bonitzer. Scénario : Pascal Bonitzer, Agnès de Sacy. Image : Julien Hirsch. Avec Agathe Bonitzer, Vincent Lacoste, Lambert Wilson, Pacal Greggory, Jean-Pierre Bacri, Isabelle Huppert… 1h 38