"Le Chant des hommes" raconte une grève de la faim de sans-papiers étrangers. Les réalisateurs ont fait appel à des artistes, eux-mêmes migrants. Plusieurs d'entre eux nous ont livré leur histoire, qui rejoint parfois celle de leurs personnages.

"Billy est une femme africaine, qui s’est fait prendre dans le piège de la prostitution. Quand elle a entendu qu’il y avait cette grève de la faim dans l’église, elle a décidé de mourir ici plutôt que sur le trottoir." Cette histoire tragique est celle de Billy, pas de Zeinabou Diori, qui lui prête vie à l’écran dans "Le Chant des hommes". Mais, "globalement, les émotions que j’ai pu ressentir dans ma vie sont les mêmes".

Le tournage de ce film, son premier, a quelque chose de "thérapeutique" pour elle. "Quand je sors de la peau de Billy, je comprends qu’il est possible pour moi de sortir d’un passé qui veut toujours nous rattraper."

Zeinabou Diori, 37 ans, est une artiste-peintre nigérienne. Elle a quitté Niamey, où elle ne s’épanouissait pas, pour la Belgique il y a six ans. "Là-bas, tout est question de survie et de protection pour une femme. On n’a pas le temps d’aller puiser au fond de soi l’inspiration." En 2009, elle décide de tenter sa chance à Bruxelles.

"Je suis partie pour des raisons personnelles, de liberté d’expression, de liberté de la femme. Je voyais de plus en plus le radicalisme s’installer. Cela a commencé par des perquisitions, des enlèvements, des filles brûlées parce qu’elles étaient libres. Je me suis dit, ‘sauve-qui-peut’ !" Mais elle n’introduit pas de demande d’asile - "Je n’étais pas persécutée chez moi." - et tombe alors dans la clandestinité.

Réussir à s’enraciner

"C’est incroyable de voir comme toute sa vie peut être limitée à un bout de papier !" Elle vend les bijoux qu’elle crée, un talent qui lui avait permis d’exposer en Europe avant le grand saut. Mais son inspiration se tarit, fixée qu’elle reste "sur ces papiers qui manquent". En zone grise, "on apprend à devenir humble, c’est important pour un artiste", analyse-t-elle. "On se fortifie aussi. L’expérience était dure, mais le résultat est aujourd’hui 100 % positif." Car, avec l’aide d’une avocate, elle a fini par avoir des documents, le 4 novembre 2013, et surtout s’est relancée.

"Recevoir enfin ses papiers signifie aussi avoir vraiment coupé de chez soi. On peut déprimer…" Il faut alors réussir à s’enraciner, explique-t-elle. "Quand on veut quitter son pays, il faut savoir œuvrer pour ses rêves."