Le quatrième opus de "Toy Story" ne gâche en rien la saga. Il apporte une dimension supplémentaire.

Neuf ans après Toy Story 3 (2009) et ce qu’on pensait être la conclusion brillante d’une trilogie cohérente et remarquable, Woody, Buzz l’Eclair, Jessie et les autres ex-jouets d’Andy reviennent à l’écran.

Pari risqué, tant les trois premiers films forment un tout cohérent. Leur conclusion, belle et émouvante, semblait ne devoir appeler aucune suite. Tout ajout risquait de gâcher l’édifice. Revenant à sa source (Toy Story fut en 1995 le premier long métrage de Pixar et le premier film d’animation en images numériques), le studio d’Emeryville signe pourtant un film qui va au-delà de la banale suite d’exploitation.

S’il n’était pas fondamentalement indispensable, ce nouvel opus ne gâche en rien l’univers. Mieux : il apporte une évolution supplémentaire aux personnages. La saga assoie sa dimension initiatique, métaphore du passage de l’enfance à l’âge adulte et des abandons qui sont le lot de toute vie (le troisième opus avait réussi le tour de force d’évoquer la perspective de la mort dans une scène d’une rare intensité émotionnelle).

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Le retour de Bo la bergère

Au terme de Toy Story 3, Andy, devenu jeune homme, léguait Woody, Buzz et Cie, à Bonnie, une charmante petite fille. On les retrouve toujours en sa compagnie - comme si le temps ne s’était interrompu que l’espace du générique. Si flash-back de neuf ans il y a, c’est pour expliquer comment, par une nuit d’orage, Bo, la bergère présente dans les deux premiers opus, avait quitté la famille de jouets.

Woody s’attache toujours à être un "bon" jouet au service de Bonnie. Complètement dévoué, Woody s’acharne à convaincre Forky, fabriqué par Bonnie à partir d’une vieille fourchette en plastique, qu’il est un jouet. Convaincu de n’être qu’un déchet, Forky s’échine à plonger dans toute poubelle qu’il aperçoit où Woody s’empresse de le récupérer.

Sur la route des vacances, Forky échappe à la vigilance de Woody, qui part à sa recherche. Au cours de sa quête, Woody retrouve Bo. Elle mène une vie autonome dans les coulisses d’un parc d’attraction, avec d’autres jouets abandonnés. Forky, de son côté, échoue dans un magasin d’antiquités, où règne Dolly, une poupée qui n’a jamais eu de propriétaire, et qu’aident des marionnettes de ventriloques.


Humour, action, émotion

Malgré une trame proche des précédents, ce nouvel opus retrouve ce qui a fait la force des productions Pixar naguère : humour, action et rebondissements abondent, avec une forte dose d’émotion sincère. De même que des idées. Les auteurs jouent avec brio de l’univers établi et des personnages. Si certains des fans de la première trilogie regretteront que certains personnages sont moins présents (Buzz est plus effacé), les nouveaux venus - dont un tandem de peluches-trophées de stand de tir et un motocycliste cascadeur maladroit (ironiquement doublé par Keanu Reeves en anglais) - sont particulièrement réussis et apportent un nouveau relief.

L’histoire, complexe, est le fruit d’un travail d’équipe aux multiples strates. La version originale a été esquissée par John Lasseter, Andrew Stanton, Lee Unkrich, Pete Docter, scénaristes et réalisateurs vétérans du studio. Cinq autres intervenants sont crédités au générique pour le scénario. Ce qui était sans doute dans ses prémices une romance entre Woody et Bo a pris d’autres directions, sans doute pour éviter conventions et recettes inhérentes au genre.

Transmission et passage du témoin

On retrouve quelques thèmes récurrents de la saga. La crise existentielle du jouet (Forky croit être un déchet jetable comme Buzz, dans le premier Toy Story, était convaincu d’être un vrai Ranger de l’Espace), le périple (Woody n’en finit pas d’être séparé de ses amis), la fidélité à l’enfant, la loyauté au groupe, la transmission…

Mais leur traitement prend un tour novateur et plus moderne. Bo, prototype du jouet pour fille à l’ancienne, de bergère de porcelaine blonde et lisse s’est métamorphosée en femme moderne et indépendante. Son utilisation originale renouvelle déjà ce qui menaçait de devenir le cliché #GirlEmpowerment des nouvelles productions Disney.

A l’inverse, Woody, jouet old school dans son rapport au monde et à l’enfance, est contraint d’évoluer une nouvelle fois. Jusqu’à un passage du témoin symbolique - qu’il est tentant d’interpréter comme un au revoir et un hommage, discret et élégant à la fois, de Pete Docter, Andrew Stanton, Lee Unkrich et des autres pionniers du studio à la figure tutélaire de John Lasseter, cocréateur de Pixar et des personnages, qui a dû quitter le studio en 2018, suite à des accusations de harcèlement sexuel.

Toy Story 4 Animation De Josh Cooley Scénario Stephany Folsom et Andrew Stanton Avec les voix anglaises de Tom Hanks, Tim Allen, Joan Cusack, Annie Potts,… Durée 1h40.

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