Alors que le Festival de Venise se clôture gentiment, le Lido dévoilait, jeudi soir, hors Compétition, Walesa. Man of Hope, d’Andrzej Wajda, qui recevait par la même occasion le Prix Persol 2013 de la Mostra, saluant une légende du cinéma. Le cinéaste polonais y retrace le combat de l’ancien leader syndicaliste de Solidarnosc, qui contribua, dans les années 80, à l’affaiblissement du bloc soviétique. Sans aller jusqu’aux années, plus controversées, où Lech Walesa dirigea la Pologne de façon autoritaire. De quoi créer un début de polémique sur le manque d’objectivité de Wajda… Qui répond : “Personne ne se souvenait plus du fait que c’est lui qui nous avait apporté la liberté. […] C’est le film le plus difficile que j’aie fait dans ma vie parce que le héros est toujours en vie et toujours controversé.”

Autre grand nom du cinéma européen, Philippe Garrel entrait en course pour le Lion d’or avec La jalousie, le seul film français de la Compétition, qui a reçu un accueil plutôt glacial sur le Lido, comme c’était déjà le cas il y a deux ans pour “Un été brûlant”. Tourné en noir et blanc, son dernier long métrage ne méritait pas une telle antipathie. Il s’agit en effet d’un film humble qui s’inspire d’un épisode de la vie de son père Maurice Garrel, incarné à l’écran par… son fils Louis. De façon très sobre et concise (77 min), “La jalousie” décrit l’amour torturé d’un jeune comédien tirant la corde par les deux bouts pour une jeune actrice ayant mis de côté sa carrière (Ana Mouglalis). Moins ampoulé et pétri de références à la Nouvelle Vague que certains autres films de Garrel, “La jalousie” surprend par sa modestie et sa simplicité dans le paysage cinématographique actuel…

La ville déshumanisée

Même si ses œuvres ne sont pas des succès commerciaux, Garrel parvient toujours à tourner un film tous les deux ans. Ce n’est pas le cas de Tsai Ming-Liang. Après l’échec de “Visage”, commande du Louvre dans lequel le cinéaste taïwanais payait son tribut à la Nouvelle Vague, il présentait hier à Venise ce qu’il annonce, à 55 ans, comme son dernier film : Stray Dogs. Un retour aux sources pour le réalisateur de “Vive l’amour” (Lion d’or en 1994), “The Hole” ou “Goodbye, Dragon Inn”. Toujours aussi contemplatif, Tsai Ming-Liang juxtapose une série de plans fixes enregistrant l’état de la misère à Taipei, tout en proposant une réflexion poétique sur la filiation. Durant 2h20, on suit en effet un père SDF et ses deux enfants, survivant tant bien que mal dans une ville déshumanisée et hantés par la figure maternelle.

Radical, Tsai Ming-Liang pousse son cinéma dans ses derniers retranchements, à la recherche de la pureté absolue pour dresser un constat désespéré de la société contemporaine. Jusqu’à laisser tourner sa caméra un quart d’heure durant sur deux visages défaits pour capter la douleur et la détresse dans les yeux, les larmes de ses deux comédiens, Hsiao Kang et Cheng Shiang Chyi. Avant de conclure son film par un plan envoûtant qui risque de clore sa carrière sur une note désabusée…

Très bien reçu, Sacro GRA, avant-dernier film de la Compétition, est un essai passionnant signé Gianfranco Rosi. Déjà auteur de trois documentaires (dont “Below Sea Level” en 2008), l’Italien s’intéresse ici au Grande Raccordo Anulare, le “ring” de Rome. Tout sauf factuel (on ne saura rien de sa construction, du nombre de kilomètres, de la circulation…), le film est une exploration de ce no man’s land entre une grande ville et ses faubourgs. Gianfranco Rosi capture une série d’instantanés de la vie de ceux qui le hantent. On y découvre tout aussi bien un aristocrate de pacotille qu’un ambulancier ou deux vieilles prostituées. Réunis par quelques plans aériens, ces bouts de vie finissent par constituer une mosaïque qui, ici encore, malgré sa drôlerie souvent, dresse un constat amer de l’existence dans une métropole moderne…