La femme qui pleure. Avec Dominique Laffin. Qui se souvient de Dominique Laffin ? Grâce soit rendue à Claire Denis qui réveille le souvenir de cette comédienne en tournant "La bobo qui pleure" en quelque sorte.

Isabelle est une artiste, une peintre. Dans son milieu, on dit une plasticienne. Dès l’entame du film, la réalisatrice, épaulée au scénario par Christine Angot, pose clairement son défi : faire un film intéressant avec des personnages qui ne le sont pas.

Isabelle cherche l’amour, comme on cherche un pain. Un jour, un blanc, le lendemain, un multicéréales; le jour d’après, au malt. Mais toujours en se prenant la tête. Son questionnement est plutôt marrant la première fois, la deuxième aussi, après on se lasse. Nouvel amant, ex-compagnon, coup d’un soir se succèdent; on a juste envie de la laisser mais Claire Denis s’accroche à son challenge. La fille est insupportable, ses amants aussi, alors elle s’investit dans la fabrication des plans. Celui qui tangue dans la scène du bar, filmé par Agnès Godard, c’est du grand art. Juliette Binoche, aussi, tente de sublimer son personnage irritant de vacuité, en sortant le grand jeu, tout son catalogue de va-et-vient du rire et larmes. Encore du grand art.

Mais comme elle le dit si bien, ça tourne en rond. Claire Denis sent qu’elle perd son pari et laisse filer le film, ça se termine sur un champ - contrechamp d’un quart d’heure. Alors que les pauvres comédiens débitent un dialogue ridicule, voire idiot, on s’interroge. La scène est tellement artificielle qu’on se demande si Depardieu et Binoche se sont réellement fait face ou si chacun a joué sa partition et que le monteur a fait le reste.

Les courageux auront droit à un petit cadeau, un générique de fin original. "Ce beau soleil intérieur", c’est comme aurait dit Truffaut, une certaine tendance du cinéma français, de l’académisme du cinéma d’auteur.


© IPM
Réalisation : Claire Denis. Scénario : Claire Denis et Christine Angot. Avec Juliette Binoche, Xavier Beauvois, Nicolas Duvauchelle, Josiane Balasko… 1h34.