Un coq de bruyère

Cinéma

Fernand Denis

Publié le

Un film qui part très mal, cela se voit assez vite. Et avec «Un homme, un vrai», on est aussitôt fixé. Et piégé. Il s'agit, en effet, d'un film d'entreprise qu'un réalisateur vient présenter au client et à ses collaborateurs réunis. Il se fait d'ailleurs méchamment remballer - on est rassuré - mais notre cinéaste humilié n'a pas perdu sa journée; l'executive woman de l'entreprise a «beaucoup aimé» et l'invite à une petite sauterie dans son appartement. Fin de la fin de la soirée: Boris et Marilyne partent ensemble pour l'Andalousie. Fin du premier acte, calamiteux.

Cinq ans plus tard, deuxième acte. Notre cinéaste peaufine son scénario quand il a fini de s'occuper des gosses, du dîner, du ménage. Marilyne, plus businesswoman que jamais, saute d'un avion à l'autre alors qu'une femme l'attend dans chaque (aéro)port pour le repos de la guerrière. Ces retournements systématiques de clichés pourraient être drôles ou polémiques, ils sont juste navrants, tant c'est mal foutu. On voit les intentions parodiques mais elles ne fonctionnent pas. Comme dans cette scène où Boris, plaquant tout, saute d'un voilier, rejoint le rivage à la nage, sort de l'eau façon Ursula Andress sous l'oeil gourmand d'un barman gay.

RARISSIME

C'est en montagne que se déroule le troisième acte, et le film jusque-là maladroitement mis en scène, lourdingue dans son propos, prend la tangente, sous la forme d'un documentaire sur les coqs de bruyère. Boris et Marilyne se retrouvent dans les Pyrénées mais font semblant de ne pas se connaître. Et c'est magique, la mise en place est parfaite, le dialogue digne des meilleurs comédies, l'émotion surgit en traître. Mieux, une réplique ici, la répétition d'une scène là, réévaluent par enchantement les actes précédents.

On ne compte plus les films qui décollent bien, volent idéalement, pour se crasher dans le dernier quart d'heure. L'inverse est rarissime. Car comment atterrir quand on n'a pas décollé, pas volé? Comment Hélène Fillières et Mathieu Amalric font-ils pour être ridicules pendant une heure et excellents le reste du temps? Un miracle?

Les réalisateurs, les frères Larrieu, sont, il est vrai, originaires de Lourdes!

© La Libre Belgique 2003

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