Un Coréen très marteau

Cinéma

A.Lo.

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Un Coréen très marteau
© Cinéart

Il faudra peut-être un jour s’interroger sur le rapport qu’entretient le réalisateur sud-coréen moyen avec le marteau. La Croisette se remet à peine d’une fameuse scène d’"Old Boy" de Park Chan-wook, que le compatriote de ce dernier, Na Hong-jin, surenchérit cette année dans "The Chaser", présenté hors compétition. Hormis cette analogie anecdotique (quoique), ce thriller haletant et éprouvant démontre une nouvelle fois l’étonnante capacité du cinéma du pays du Matin calme (qu’ils disent ) à recycler les genres les plus convenus, en les saupoudrant d’une bonne dose de sous-textes sociaux ou politiques.

Soit, en prémices, le portrait d’un ex-flic reconverti proxénète, pas du tout aimable, ni distingué, qui presse "ses" filles comme des citrons. N’étaient quelques fugues récentes dans son cheptel, Joong-ho ne s’embarrasse guère de considération. Il ne faut au réalisateur Na Hong-jin que trois scènes pour dresser le portrait d’une humanité misérable. L’auteur opère ensuite un brusque virage vers le thriller sordide : une prostituée est prise au piège d’un tueur en série. Une scène d’une insoutenable puissance plus tard, la fille laissée pour morte, le film opère un nouveau tête-à-queue quand un grain de sable grippe l’implacable mécanique mise en place par le prédateur. S’ensuit, alors, près d’une heure trente de jeu du chat et de la souris entre une kyrielle de protagonistes, course-poursuite étalée sur une seule nuit - avec, en point d’orgue, une traque d’anthologie dans les venelles de Séoul - et qui trouvera une conclusion en trois temps pour le moins surprenante.

Dans la lignée d’un Bong Joon-ho (on pense à son "Memories of Murder"), Na Hong-jin livre un film original et éminemment personnel à partir de motifs archiconnus et éculés. Alliant tension, brusques montées d’adrénaline, progression psychologique des personnages et mise en scène inspirée, ce petit nouveau confirme de nouveau l’étonnante vitalité du cinéma sud-coréen, tout en explorant les failles d’une société violente et crypto-fasciste. Du cinéma grand public intelligent.

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