Voilà, c'est fait: quelques heures seulement avant sa présentation ultra-privée à la soirée de gala du 59 éme Festival de Cannes et à la veille de l'ouverture officielle de celui-ci, l'adaptation cinématographique du «Da Vinci Code» a donc enfin été présentée à la presse belge mardi. Petit avantage de la traditionnelle sortie le mercredi: les spectateurs belges et français découvriront le film deux jours avant ceux des Etats-Unis et du reste du monde. Faut-il rappeler l'argument de départ du best-seller de Dan Brown? Une nuit, le professeur Robert Langdon (Tom Hanks), éminent spécialiste de l'étude des symboles, est appelé d'urgence au Louvre: le conservateur du musée, le professeur Saunière (Jean-Pierre Marielle) a été assassiné, mais avant de mourir, il a laissé de mystérieuses inscriptions... Avec l'aide de la petite-fille de Saunière, la cryptologue Sophie Neveu (Audrey Tautou), Langdon se retrouve sur les traces d'un secret pouvant ébranler les fondements de l'Eglise catholique.

Laissons de côté la polémique sur les élucubrations du roman (qui ne sont, donc, que romance) et attardons-nous sur le résultat à l'écran. Pour mener à bien cette superproduction, Ron Howard, maître ès pièces montées («Apollo 13 », «Backdraft», «Cinderella Man»), assure la tambouille. Gros problème, intrinsèque à toute transposition d'un best-seller: le lecteur connaît l'histoire. S'agissant d'une intrigue à énigmes, le défi monte d'un cran: comment surprendre quand 46 millions de spectateurs potentiels connaissent les rebondissements?

Ficelles démesurées

Adaptation littérale, le «Da Vinci Code» enchaîne les chapitres sans écart majeur. Resserrées en deux heures et demi, les ficelles du roman de Dan Brown n'en sont que plus grosses. Silas (Paul Bettany, très, très courageux...), son cilice et sa bure deviennent démesurément incongrus au grand écran.

Howard filme pourtant en pro: la séquence d'ouverture à l'intérieur du Louvres (une première) ou les épisodes à Temple Church ou Roslyn Chapel ont leur charme. Quelques flashbacks historiques tentent de donner un peu d'ampleur mais, ailleurs, le réalisateur plagie l'astuce formelle de son «Beautiful mind» pour les séquences de décryptages, trop vite expédiées que pour captiver.

Guère inspiré, Tom Hanks paraît plus croire à l'énormité de son cachet qu'à celle des thèses qu'il énonce tandis que le casting hexagonal, dirigé par un metteur en scène ne parlant pas la langue de Voltaire, n'est jamais dans le ton lorsqu'il joue en français dans le texte. Jean Reno remporte la palme du ridicule, aussi convaincant que Dominique de Villepin jouant les vierges effarouchées. Seul Ian McKellen s'appuie sur ses 45 ans de carrière tel sir Leigh Teabing sur ses cannes. Mais même la magie de l'ex-Gandalf a ses limites. Les seules étincelles surgissent des rares écarts au roman, quand les personnages commencent à exister.

DA VINCI CODE *. Réalisation: Ron Howard. Scénario: Akiva Goldsman, d'après Dan Brown. Photographie: Salvatore Totino. Montage: Dan Hanley & Mike Hill. Avec: Tom Hanks, Audrey Tautou, Jean Reno, Ian McKellen, Jean-Pierre Marielle, Paul Bettany... 2h32.

© La Libre Belgique 2006