Avec ses jeans usés, ses cheveux en bataille et son joli teint hâlé, Selma Derwish (Golshifteh Farahani) détonne à Tunis. Si la jeune femme de 35 ans parle arabe, connaît la culture tunisienne, on sent bien qu’elle n’est pas d’ici. Elle vient en effet de quitter la France pour retrouver le pays de ses origines et ouvrir à Tunis… un cabinet de psychanalyse. Quelle drôle d’idée ! Les gens du coin ne sont en effet pas certains de comprendre le concept de prestations tarifées pour une femme. Et c’est qui ce rabbin barbu (Freud) qu’elle affiche dans son cabinet ? Il va falloir à Selma une bonne dose de patience pour s’imposer. Mais aussi pour lutter contre les raideurs de l’administration et le harcèlement de Naim (Majd Mastoura, découvert grâce à son prix du meilleur acteur à la Berlinale en 2016 dans Hedi, un vent de liberté de Mohamed Ben Attia), jeune officier de police qui a un faible pour la jeune femme, pas vraiment réciproque…

Rire des différences culturelles

Pour son premier long métrage (après un court en 2018, Une chambre pour moi ), Manele Labidi signe un film non pas autobiographique, mais à la résonance néanmoins très personnelle. Née à Paris en 1982 de parents tunisiens, la jeune cinéaste franco-tunisienne s’est en effet totalement projetée dans le parcours de ce personnage qui rentre "au pays", non pas pour réaliser un film comme elle, mais pour y importer la psychanalyse.

Outre les quiproquos amusants qu’offre la situation, celle-ci permet de poser avec légèreté et humour - on est clairement ici dans une comédie - une question très sérieuse, celle de la libération de la parole au lendemain de la Révolution tunisienne de 2010-2011. La métaphore de la psychanalyse est en effet parfaite pour observer une société en pleine ébullition, qui peut enfin évoquer au grand jour les blessures de la dictature de Ben Ali, dont elle continue de souffrir.

Misant sur sa double culture, Manele Labidi parvient à faire rire, sans se moquer, des différences culturelles qui existent entre une Tunisienne de France et de "vrais" Tunisiens. Le contraste est d’autant plus flagrant que, pour camper son héroïne, la cinéaste a choisi une actrice iranienne. Elle-même tiraillée entre plusieurs cultures, Golshifteh Farahani est lumineuse, apportant toute sa grâce au rôle, sa légèreté, mais aussi sa propre douleur d’actrice déracinée.

Un divan à Tunis / Arab Blues Comédie psychanalytique De Manele Labidi Scénario Manele Labidi Photographie Laurent Brunet Musique Flemming Nordkrog Montage Yorgos Lamprinos Avec Golshifteh Farahani, Majd Mastoura, Aïsha Ben Miled… Durée 1h28.

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