Le 23 janvier 2020, les autorités centrales chinoises décidaient le confinement strict de Wuhan. Jusque-là, peu de monde connaissait l’existence de cette ville de 11 millions d’habitants, aussi peuplée que la Belgique! Depuis, la capitale du Hubei, province du centre de la Chine, est devenue le symbole de cette pandémie de Covid-19 qui n’en finit pas de perturber nos vies.

Mais le 8 avril 2020, quatre jours après que les sirènes de la ville ont toutes résonné en hommage aux victimes du Covid, le confinement était définitivement levé à Wuhan. Et même si les chiffres officiels chinois sont sujets à caution — environ 4700 décès au total —, reste que la Chine n’a pas connu de deuxième vague de l’épidémie et qu’elle a pu reprendre, bien avant les autres puissances économiques, une vie quasi normale et faire tourner à nouveau ses usines...

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En immersion à l’hôpital

Présenté dès le mois de septembre dernier au festival de Toronto et retenu dans la short-list pour l’Oscar du meilleur documentaire, 76 Days revient sur ces deux mois et demi de confinement à Wuhan pour décrire, de l’intérieur, comment les autorités sanitaires ont fait face à l'irruption massive de patients souffrant d’un mal alors encore largement méconnu.

Sans commentaire, sans aucune info de contexte — on apprend juste au générique de fin que le film a été tourné dans quatre hôpitaux différents de Wuhan —, ce document historique nous plonge, façon film d’action, au milieu de la crise. Le film s’ouvre ainsi sur ces images hallucinantes d’immenses avenues totalement vides et de dizaines de patients martelant la porte métallique d’un hôpital pour pouvoir être admis, face à des infirmiers submergés par cet afflux de malades...

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Soft-power chinois

Rapidement pourtant, l’ordre retrouve sa place. Suivant le destin de quelques patients (un vieillard sénile, un jeune couple qui vient d’avoir un bébé, une vieille dame seule...), 76 Days démontre l’efficacité de la réponse de l’Etat central chinois, notamment grâce à ces centaines de médecins dépêchés en urgence à Wuhan depuis d’autres régions...

Coproduit par MTV, ce documentaire n’est pas ouvertement un film de propagande, mais il participe clairement, comme d’autres productions récents — on pense par exemple à la magnifique série consacrée aux spécialités culinaires régionales chinoises L’Origine des saveurs, diffusée sur Netflix —, au nouveau soft-power chinois.

Coréalisé par un "anonyme", le film met bien en scène sa propre indépendance, s’attardant notamment sur quelques slogans de propagande désuets dans les rues de Wuhan (du genre "Rester à la maison fait des familles heureuses"). Mais ce qu’il montre surtout, c’est le dévouement total des soignants, la distribution de nourriture dans les rues, la prise en charge des malades dans chambres d’hôtel à leur sortie de l’hôpital et surtout l’immense respect des Chinois pour leurs autorités. "Vous êtes courageux d'être à nos côtes. Vous êtes des soldats sans peur", dit par exemple, sans rire, un malade à un infirmier.

Plus prosaïquement, 76 Days est assez répétitif. Quittant rarement les couloirs et les chambres d'hôpital, le film met en effet quasi uniquement en scène les soins, les relations patients-soignants. On aurait aimé en savoir un peu plus sur la façon dont, hors de l’hôpital, les gens vivaient le confinement de la ville, pour casser le côté un peu claustrophobique du dispositif…

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  • Disponible sur AppleTV (4,99€).

76 Days Documentaire De Weixi Chen, Hao Wu & anonyme Scénario Hao Wu Photographie Weixi Chen & anonyme Durée 1h33

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