Le sentiment est étrange. Tout au long de cette comédie sympa, on se dit : "Ah si c’était Blier, qu’est-ce qu’il aurait fait de ce pitch ?"

On y pense dès la première scène, un véritable prologue à la Blier.

Virginie Efira rentre chez elle, le téléphone sonne, la ligne fixe. Son correspondant l’appelle "maison" car il ne connaît pas le nom de sa correspondante, il a trouvé son portable à la terrasse d’un bistrot. Il lui fait un peu du plat avec juste ce qu’il faut de doigté pour la convaincre de prendre un verre afin de lui restituer l’appareil. Virginie Efira porte la scène seule au téléphone, c’est dix minutes de Blier.

Elle est à l’heure au rendez-vous, lui est légèrement en retard. Quand elle le découvre, elle est bouche bée, c’est Jean Dujardin mesurant 1,36 m. Elle ne sait pas quoi dire, ça lui laisse l’initiative. Une heure plus tard, elle est dans les nuages, dans un avion, sur le point d’effectuer son premier saut en parachute. Entre ces deux-là, le courant est passé tout de suite. On parlerait de coup de foudre, s’il n’y avait pas la toise qui coince.

Une romcom avec un vrai sujet, ça change. Encore faut-il être à la hauteur pour relever le défi.

C’est là qu’on voit la différence entre un petit film et un grand, entre un petit réalisateur et un grand.

Il faut être Blier pour tenir un sujet pareil, pour capturer l’attention du spectateur, l’empêcher de se demander sans arrêt : Mais comment ont-ils fait pour Dujardin, effets spéciaux ou trucages artisanaux ? Pourquoi Virginie Efira n’arrête-t-elle pas de mettre des hauts talons ? Ses chaussures sont très belles, d’accord, mais en attendant, ça rajoute 10 cm au handicap.

En fait, on est distrait car le film ne prend pas à la gorge, aux tripes, au cœur. Pourtant Virginie Efira est épatante, peut-être même son meilleur rôle car il exploite toutes ses qualités. Dujardin est égal à lui-même, riche, célèbre, charmeur, hâbleur, avec juste 50 cm de moins. Cédric Khan a une voix irrésistible et Stéphanie Papanian en secrétaire devrait se balader avec un plat pour y mettre ses pieds dedans. Il y a du talent dans le dialogue aussi - "tu auras mal au dos, j’aurai mal au cou" -, mais sa teneur reste superficielle. D’ailleurs, quand la situation se tend, quand la métaphore monte en puissance, alors le scénario se dérobe, la mise en scène prend la tangente clip, chanson et plans de coupe. On attend que ça passe.

Oui, on aurait aimé que Blier empoigne ce pitch, il en aurait fait autre chose qu’une petite comédie sympa.


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 Réalisation : Laurent Tirard. Scénario : Laurent Tirard et Grégoire Vigneron d’après l’œuvre de Marcos Carnevale. Avec Jean Dujardin, Virginie Efira, Stéphanie Papanian… 1h38