Dans le rôle d’un patron victime d’un AVC, Fabrice Luchini se prend la langue dans les syllabes.

Dès 5h30, heure à laquelle son réveil sonne, ce capitaine d’industrie automobile n’a pas une minute à lui. Surtout à six semaines du salon de Genève où sa protégée va être dévoilée, la LX2, premier modèle de voiture électrique haut de gamme de sa marque.

Pas une minute à lui, mais il suffit parfois de trois secondes, de trois lettres - AVC - et le temps s’arrête. Trois jours, inconscient. A peine réveillé, le patron veut redémarrer sur les chapeaux de roue. A un mois du talon de Geneviève, il n’y a pas une bismuth à perdre. Quoi ? On ne le comprend plus ? Il enrage de devoir en passer des minutes avec Jeanne l’orthophoniste.

La pauvre, ce patient impatient, aussi blindé qu’arrogant, l’agace terriblement. D’autant qu’elle a la tête tellement loin du salon de Genève. Née sous X, elle vient d’entreprendre des démarches pour connaître l’identité de sa mère. Savoir ou ne pas savoir, that’s the question ? En attendant de savoir si elle veut connaître la réponse, elle chante des comptines à son client pour stimuler sa mémoire : "Au clair de la lune, mon ami Pierrot". Et il enchaîne : "Prête-moi ta thune, pour écrire un mot".

Drôle et touchant

Un AVC peut-il sauver la vie ? La question est posée de façon provocante, trop provocante, à l’égard de ceux qui se battent, jour après jour, pour récupérer l’usage de la parole ou d’un membre. Mais on est au cinéma. Ici, l’AVC est instrumentalisé comme un outil de comédie pour montrer avec drôlerie une situation qui ne l’est pas, celle d’un homme qui n’a pas su s’arrêter au bon roman, de complètement merdu, juste bon à regarder les planants roses. Mais c’est aussi un homme qui découvre le monde d’un autre point de vue que celui de la vitre arrière de sa limousine avec chauffeur.

L’acteur qui incarne le langage, c’est Luchini ! Il est absolument dirigeable, et savoure l’occasion de s’ébrouer dans les syllabes, rigolo et touchant à la fois.

D’ailleurs, tout le monde est touchant dans ce film. Touchant mais impliqué. Laura Bekhti a pris 15 kilos pour remplir le vide existentiel des origines de son personnage.

Quant à la fille du patron, Rebecca Marder, et l’amoureux de l’orthophoniste, Igor Gotesman, ils sont très touchants, bien que plus légers. Quoique !

On ignore ce qui est arrivé à Hervé Mimran. On n’attendait rien de lui, d’ailleurs on avait oublié ses films précédents. C’est ce qu’il y avait de mieux à faire avec Tout ce qui brille et Nous York. Voilà qu’il compose avec un certain doigté, un feel good boogie dont l’expertise sociale laisse sans doute à désirer mais qui vous laisse quand tout mué.

Réalisation : Hervé Mimran. Scénario : Hervé Mimran et Hélène Fillières d’après l’œuvre de Christian Streiff. Avec Fabrice Luchini, Leïla Bekhti, Rebecca Marder, Igor Gotesman… 1h40.

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