Une comédie new-yorkaise et pas seulement romantique, avec du charme.

"J’ai besoin d’un drink, d’une cigarette et d’un air d’Irving Berlin."

Le jeune Gatsby emmène sa petite amie à Manhattan pour un week-end en amoureux. Il a organisé un programme de rêve, de carte postale, pour son Ashleigh qui a grandi à Tucson Arizona et est venue deux fois à New York, à 2 et 12 ans.

Alors, suite à l’hôtel Pierre avec vue sur Central park, expo au Moma, apéro au piano-bar du Carlyle et dîner dans un fancy restaurant. Tout cela, dès samedi 13h, après l’interview d’Ashleigh avec un prestigieux réalisateur de cinéma pour la gazette de leur université.

Il est maintenant 19 heures et Gatsby n’a toujours pas revu Ashleigh. Par téléphone, elle lui a donné quelques bribes d’infos confuses sur son incapacité à le rejoindre. Et voilà qu’il vient de l’apercevoir sur un écran de télé au bras d’une star de ciné.

Dans son cas, tout le monde aurait besoin d’un drink, peut-être même d’une cigarette, mais qui aurait besoin d’une mélodie d’Irving Berlin ?

Woody Allen. Car Irving Berlin ou Erroll Garner savent comment s’y prendre pour lui remonter le moral.


Du charme et de l’esprit

A Rainy Day in New York est un film d’une simplicité, d’un classicisme proche de l’épure. D’un côté, un garçon tue le temps dans Manhattan, un jour gris qui tourne à la pluie, en attendant le retour de sa petite amie. De l’autre, celle-ci, apprentie journaliste, est tiraillée entre son cœur et son ambition, un scoop à portée de main et l’opportunité d’entrer dans les coulisses du cinéma avec un réalisateur dépressif, un scénariste jaloux, un acteur dragueur. Tous les trois partagent la même idée, la retenir. Idée à laquelle elle offre toujours moins de résistance. C’est d’un basique mais d’un rythme, d’une fluidité, d’une progression dramatique constante, d’un montage parallèle virtuose. Bref, une comédie pas seulement romantique, avec du charme.

Pour s’en remettre, pourquoi pas un drink, une cigarette et une chanson d’Irving Berlin !

Ces 92 minutes, on ne les oubliera pas car on n’oublie pas 92 minutes de bonheur. On a palpité aux amours contrariées des tourtereaux. On a savouré les salves de punchlines. On a visité New York en touriste bien guidé On a partagé ce sentiment qu’on ne connaît pas tout de ses parents. On a vu une promenade banale se transformer en croisée des chemins. On s’est interrogé sur l’impact du cinéma sur la réalité. On a admiré les variations subtiles dans le jeu d’Elle Fanning et son potentiel comique avec juste un petit hoquet. On a dégusté le tempérament volcanique de Selena Gomez, dont les répliques sont autant de scuds. On a été cloué par le monologue d’une inconnue, Cherry Jones. Et on a reconnu Woody Allen en Timothée Chalamet. On a même fondu en l’écoutant fredonner une chanson au piano. Était-ce du Berlin ?

Un Woody de la meilleure époque

Un jour de pluie à New York, c’est un Woody Allen de la meilleure époque, intemporel comme Manhattan, Annie Hall, Radio Days, Broadway Danny Rose ou La Rose pourpre du Caire. Une déclaration d’amour de plus à sa ville, aux coins, aux ambiances, à la musique qu’il aime. Un portrait de ses habitants huppés croqués avec causticité, et de lui-même avec autodérision. Un New York de cinéma, un New York qui n’existe pas car le cinéma, c’est vivre réellement dans un temps, dans un lieu avec des gens qui n’existent pas. Ou plus. Un temps, par exemple, ou tout le monde appréciait Irving Berlin.

Est-ce un petit Woody, un grand Allen ? C’est du pur Woody Allen et c’est reconnaissable comme du Irving Berlin car cela nous transporte au paradis. "Heaven, I’m in heaven, And my heart beats so that I can hardly speak, And I seem to find the happiness I seek, When we’re out together dancing, cheek to cheek." Merci Woody. Merci Irving.

© D.R.

Un jour de pluie à New York/A Rainy Day in New York Comédie romantique De Woody Allen Scénario Woody Allen Image Vittorio Storaro Décors Santo Loquasto Avec Timothée Chalamet, Elle Fanning, Selena Gomez, Jude Law Durée 1h 32.